-A +A
Partager sur Facebook
TÊTES D'AFFICHE

TÊTES D'AFFICHE

Concours Innovation Banque Nationale 2022 : Clinique GAMF

Les lauréates régionales du concours Innovation Banque Nationale 2022 sont les membres de l’équipe de la clinique GAMF du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (CCOMTL). Elles ont accepté de partager avec le lectorat du Cyberjournal de l’ORIIM/L leur cheminement vers la mise en place d’un projet très novateur, en espérant ainsi inspirer d’autres infirmières et infirmiers à présenter leurs projets.

De gauche à droite : Camille Labrie, Diana Dima, Marie-Christine Gras, Johanne Grondin et Patricia Robitaille.

Au cours des dernières années, les changements législatifs concernant les infirmières et infirmiers ont ouvert la voie à de nouveaux modèles d’organisation en première ligne (élargissement du rôle des infirmières cliniciennes et infirmiers cliniciens, ainsi que des IPSPL). Ces changements fournissent la possibilité d’améliorer l’accès aux soins à la population en potentialisant les compétences de chaque professionnel de la santé et permettant ainsi aux soins infirmiers de prendre une place primordiale en soins de première ligne lorsqu’il s’agit de prévention.

Ainsi, en pleine pandémie, en juin 2021, le CIUSSS du CCOMTL a ouvert une clinique pour la clientèle orpheline inscrite au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF). Elle offre des soins de première ligne et comprend exclusivement des infirmières cliniciennes et infirmiers cliniciens, des IPSPL et des infirmières et infirmiers auxiliaires. Ces professionnels donnent ainsi des services de qualité en attente d’une prise en charge par une ou un médecin de famille.

Le territoire du CCOMTL compte plus de 115 000 personnes sans médecin de famille. Elles ne reçoivent pas les services préventifs et médicaux qu’elles auraient si elles avaient accès à ce professionnel. Cela crée des inégalités en santé. En effet, ces personnes en attente peuvent avoir plusieurs problèmes de santé sans être au courant puisqu’elles ne reçoivent pas les services de dépistage habituellement recommandés selon l’âge et les facteurs de risque. En général, ces tests sont demandés par le médecin de famille. Dans l’obligation de consulter, ces usagers se tournent vers les cliniques sans rendez-vous difficiles d’accès ou à l’urgence.

La plupart du temps, le système de santé met peu l’accent sur la prévention primaire, soit avant que se produise la maladie en agissant selon différents facteurs de risque. Pourtant, des efforts devraient être déployés afin d’éviter les complications à long terme. Dans la clinique GAMF, la prévention primaire est mise de l’avant par les infirmières cliniciennes.

En effet, la clinique inclut un volet de prévention primaire, en offrant le dépistage des maladies chroniques aux patients n’ayant aucun problème de santé connu et pris en charge par les infirmières cliniciennes. Un volet de prévention secondaire est aussi offert par les IPSPL qui effectueront un suivi à court terme en évaluant et en stabilisant les usagers ayant des problèmes de santé connus.

Au sein de la clinique, c’est l’expertise infirmière qui est mise en œuvre. Des infirmières cliniciennes, IPSPL et infirmières auxiliaires prodiguent les soins à la clientèle sans médecin de famille. Ces professionnelles contribuent également, par leur rétroaction, à améliorer les soins, à la prise de décision et à l’orientation des services offerts à la clinique, selon les besoins de la clientèle orpheline. Ainsi, elles utilisent leur leadership pour mobiliser l’équipe et les différents partenaires.

Au moyen de protocoles et d’ordonnances collectives, les infirmières cliniciennes effectuent des dépistages selon les pratiques préventives. Parmi les tests réalisés se trouve le dépistage du diabète, de la dyslipidémie, de l’hypertension artérielle, de l’ostéoporose, du cancer du côlon et de l’utérus. Elles les exécutent conjointement avec une évaluation globale de l’état de santé de la personne. De plus, l’infirmière clinicienne effectue des activités de santé publique telle que la vaccination ou le dépistage des infections transmises sexuellement et par le sang. C’est elle qui reçoit les résultats des tests qu’elle a prescrits et qui les divulgue à la clientèle. En cas de résultats anormaux, elle dirige la personne vers l’IPSPL pour une évaluation, un diagnostic ou un traitement. Elle tient aussi le rôle d’enseignement et de promotion de la santé. À la suite de son évaluation, elle oriente la personne vers d’autres professionnels ou services, selon les besoins.

Quant aux IPSPL, elles effectuent la prise en charge à court terme et stabilisent l’état de santé de la clientèle ayant déjà des maladies chroniques. L’IPSPL peut exercer le plein potentiel de son champ de pratique et rediriger la personne au besoin si cela dépasse ses compétences. De plus, les IPSPL orientent la clientèle vers différents professionnels du programme de maladies chroniques ou vers les pharmaciens dans l’intention de collaborer pour les suivis. Une fois l’état de santé de l’usager stabilisé, l’IPSPL envoie une ordonnance individuelle d’ajustement au pharmacien afin que celui-ci continue le suivi de la maladie chronique dans l’attente d’un médecin de famille. Enfin, les IPSPL et les infirmières cliniciennes collaborent avec les divers programmes de notre CIUSSS, tels que les services psychosociaux et le guichet d’accès en santé mentale adulte, ainsi qu’avec les ressources du territoire concernant les problématiques identifiées.

Ce projet est novateur à plusieurs niveaux. D’une part, il permet un changement dans l’organisation des soins pour la clientèle sans médecin de famille. Auparavant, ces usagers n’avaient accès à aucun service de santé autre que de consulter un médecin dans une clinique sans rendez-vous pour des problèmes ponctuels ou se rendre aux urgences. Cela change l’opinion publique générale voulant que les soins offerts sont donnés uniquement par des médecins et qu’il s’agit de la seule porte d’entrée dans le réseau. Nous croyons fermement pouvoir donner accès aux soins de santé en mettant l’accent sur l’expertise infirmière et nous favorisons d’autres modèles que le fonctionnement médico-centrique avec l’apport d’autres professionnels de la santé. Ce projet a permis d’éviter des visites à l’urgence ou des hospitalisations en stabilisant une clientèle plus à risque, mais également en dépistant les problèmes de santé de façon précoce.

Nous avons été très heureuses d’apprendre que tous nos efforts et notre vision des soins préventifs ont été aussi bien accueillis. Il est important pour notre équipe de toujours réévaluer les problèmes vécus par les personnes orphelines et les interventions à mettre en œuvre afin de les aider. En outre, le modèle de la clinique GAMF est un premier pas vers l’utilisation des professionnels de la santé autres que les médecins. Il faut maintenant continuer à mettre des projets infirmiers de l’avant qui promeuvent l’expertise infirmière. Les solutions sont là, il faut juste penser autrement, sortir des sentiers battus et être à l’affût des opportunités, car elles existent maintenant ou existeront dans quelques années. Nous devons être prêtes.

Écrit par Marie-Christine Gras, inf., B. Sc., M. Sc.
Chef d’administration de programmes GMF AR – GAMF - GAP
CIUSSS du Centre-Ouest de l’Île de Montréal

Recherche

Mots clés

TD