-A +A
Partager sur Facebook
TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

À la rencontre des lauréates et lauréats des prix Florence 2021 de la région de Montréal et Laval

Depuis la Soirée des prix Florence 2021, l’Ordre régional a proposé un rendez-vous privilégié avec chaque lauréate et lauréat afin de souligner la créativité des infirmières et infirmiers. Nous arrivons donc à la fin de cette série de rencontres. Liette Desjardins et Mario Fortier remercient chaleureusement chacun et chacune des lauréat(es) pour leur généreuse contribution ainsi que les collaboratrices du Cyberjournal pour leur implication et soutien à la diffusion de ces rencontres.

Céline Gélinas

Enseignement et Recherche : Céline Gélinas

L’idée de développer une échelle comportementale de la douleur (appelée « échelle CPOT » pour Critical-Care Pain Observation Tool) et de la démarche associée a pris naissance bien avant mon doctorat. C’est ma pratique clinique comme infirmière qui a été mon inspiration pour poursuivre des études universitaires. Au début des années 2000, j’étais responsable d’un patient qui avait eu une chirurgie cardiaque avec complications, dont un ACV. Il était inconscient. Sa perfusion de Fentanyl avait été arrêtée depuis la soirée, et des doses de Midazolam PRN lui avaient été prescrites. Durant la nuit, je constate qu’il présente des signes d’inconfort et de douleur - il grimaçait quand je le changeais de position, il essayait de toucher sa plaie, il était tendu et en diaphorèse. Je décide de lui administrer une dose de Midazolam, mais cette intervention ne semble efficace que pour quelques minutes et les comportements refont surface aussitôt. Quand j’appelle le médecin, il laisse entendre qu’un patient inconscient ne peut pas ressentir de douleur et, moi, je m’interroge sur cette certitude. Le médecin me recommande de poursuivre avec le Midazolam PRN. Ensuite, je le rappelle, car le Midazolam me semble inefficace. Selon moi, le patient présente toujours des signes indicatifs de douleur. Même réponse du médecin. J’ai fait un troisième appel cette nuit-là et le médecin m’a demandé ce que je voulais exactement. Selon mon expérience et mon évaluation clinique, une prescription d’un analgésique était à préconiser. Il a donc accepté de prescrire un analgésique opioïde au patient. Je n’ai pas eu à le rappeler, car le patient s’est détendu après le traitement analgésique, ce qui confirmait mon évaluation de la présence de douleur. De telles situations m’ont encouragée à chercher des solutions, dont la création de l’échelle CPOT pour soutenir les infirmières dans la détection de la douleur des patients vulnérables.

La recherche est un moyen nécessaire au développement des soins et de la science infirmière. Les données probantes permettent une lecture des soins, le développement des connaissances et l’amélioration des pratiques cliniques et organisationnelles. J’aime adopter une approche pragmatique en recherche dont les questions à l’étude sont élaborées en collaboration avec les équipes des milieux cliniques afin de faciliter l’application du savoir au chevet des personnes et des familles. La recherche doit aussi entraîner le développement en éducation. Selon des données probantes, l’implantation de l’échelle CPOT pour l’évaluation de la douleur est optimisée lorsque l’ensemble du personnel infirmier et autres membres de l’équipe multidisciplinaire sont formés à son utilisation. L’échelle CPOT a aussi dû être adaptée à la clientèle cérébrolésée (échelle CPOT-Neuro) à la suite des recommandations des équipes cliniques et des données probantes. En effet, elles ont démontré que les réactions comportementales étaient différentes et plus variées que celles des autres patients de soins critiques. Dans le cadre d’un projet multisites, nous mettons en place une formation accréditée en ligne afin de faciliter une compréhension optimale et l’implantation d’une approche collaborative et multimodale de gestion de la douleur en soins critiques. Cette formation aborde des éléments clés, dont l’évaluation régulière de la douleur à l’aide d’outils validés et adaptés à la condition clinique des clientèles, la collaboration interprofessionnelle, le rôle des familles, ainsi que la pertinence d’une approche multimodale incluant le recours à des stratégies non pharmacologiques (ex : application de glace avant le retrait de drains, implication de la famille dans le choix de musique apaisante pour un patient dans le coma). Ces gestes peuvent influencer le confort du patient. Une prise de décision partagée avec les membres de l’équipe multidisciplinaire, le patient et sa famille est essentielle. Parmi mes autres projets, je travaille avec mon équipe sur la validation d’une technologie multiparamétrique appelée « NOL » (Nociception Level ou indice de niveau de nociception) déjà utilisée en salle d’opération, mais pour un usage en contexte de soins critiques. Cette technologie est basée sur l’intégration simultanée de différents paramètres, dont la fréquence cardiaque, la pression artérielle, la température et l’humidité cutanée mesurées à l’aide d’une sonde digitale. Si la validité du NOL est appuyée en contexte de soins critiques, il pourrait être une mesure de remplacement pertinente pour la détection de la nociception et de la douleur auprès des patients profondément sédatés et chimiquement paralysés.

Au printemps 2020, j’ai pris le relais de la codirection du Réseau de recherche en interventions en sciences infirmières du Québec (connu sous le nom du RRISIQ). En collaboration avec l’OIIQ, l’OIIAQ et des chercheurs du RRISIQ, nous avons mené une enquête transversale en ligne pour décrire l’impact de la COVID-19 sur la santé du personnel infirmier et leur situation au travail. À l’automne 2020, les 1700 répondants de l’enquête ont rapporté des niveaux élevés de stress et de fatigue. De plus, 30 % ont mentionné leur intention de quitter leur milieu de travail. Des solutions comme des conditions de travail renouvelées, l’accès à la formation continue et à des ressources de soutien ainsi que la conciliation travail-famille doivent être priorisées. L’infirmière ou l’infirmier reste la ressource clé en santé, et s’il n’y a pas de soins, il n’y a pas de système de santé. La contribution du personnel infirmier doit être davantage reconnue et ce dernier doit avoir des choix. Ce ne sont pas des soldats qui vont à la guerre, des anges gardiens ou des héros. Ces mots ne rendent pas justice à la contribution des infirmières et infirmiers. D’où ma référence à l’expertise infirmière lors de la Soirée Florence.

Certains patients ont inspiré non seulement ma pratique, mais ce que je suis. Une jeune femme de mon âge à l’époque avait une masse cancéreuse près du cœur et 15 % de risque de décès. Je l’aidais à se préparer pour la chirurgie et je me sentais impuissante, j’hésitais. Je cherchais les bons mots. Elle m’a ouvert la porte en disant : « J’ai pas mal de risque de mourir… ». Je lui ai dit que, malgré cela, elle avait plus de chance de vivre. Ce message était porteur d’espoir. Nous avons parlé de nos occupations respectives et en entendant mon sujet de doctorat, elle m’a encouragée à ne pas lâcher, à continuer. Elle est décédée quelques jours plus tard d’une hémorragie interne. Je n’oublierai jamais mes échanges avec cette jeune patiente. La vie est fragile, il faut profiter du moment présent et réaliser ses rêves.

J’ai trois conseils pour la relève : Ayez de la passion pour votre profession - Faites preuve de persévérance dans une équipe qui vous soutient et, finalement - Mettez-vous au défi de façon constructive.

Malgré les temps difficiles, je suis actuellement pleine d’espoir. Je suis témoin de l’impact positif des connaissances sur les pratiques de soins et des bienfaits pour les patients et les familles. Tant qu’il y aura de l’évolution, du développement de connaissances, il y aura toujours de l’espoir. J’en ai toujours eu depuis que je suis devenue infirmière, car je crois qu’en santé, rien n’est jamais stagnant.

Céline Gélinas a voulu aller au-delà des certitudes qui sont, en fait, des barrières au portrait réel d'une situation. Elle permet l'écoute de ces corps qui parlent, même si la conscience n’est pas toujours au rendez-vous. Grâce à ses outils et ses recherches, des cliniciens écoutent et agissent en conséquence. Les portes des milieux de soins critiques de la planète s’ouvrent et lui demandent de l’aide. Elle répond présente avec ses deux alliés: la recherche et l’enseignement.

 

Sonia Heppell

Engagement professionnel : Sonia Heppell

Je ne sais pas si le nursing est un art, mais, pour moi, un volet de création est certainement associé au volet scientifique. Comme infirmière, on se réinvente au quotidien, on collabore, on s’arrime aux membres de l’équipe de soins; chaque cas est unique. La pratique infirmière s’appuie sur des bases scientifiques solides, mais elle est aussi cette capacité de créer, de s’adapter, de personnaliser. Pour m’être retrouvée dans la position de proche aidante d’un être cher en phase terminale, j’ai constaté chez toutes les infirmières et tous les infirmiers cette rigueur dans l’évaluation, la technique, le geste, mais aussi cette touche unique, propre à chaque personne, qui personnalise l’échange et humanise le soin.

Pour ma part, cet élan vers l’autre remonte à l’enfance, à Baie-Comeau. Je suis issue d’une petite famille; nous sommes deux sœurs et je suis l’aînée. Jeune, j’ai fait du bénévolat. J’ai compris qu’en allant vers l’autre, il y a aussi un gain pour soi, une part d’égoïsme dans cette envie d’aider l’autre. Mes tantes et mes cousines infirmières ont été pour moi des sources d’inspiration. Elles avaient des familles et réussissaient à s’investir dans leur profession et à la raconter avec un ton plus près du vécu que de la science. Elles ne parlaient pas de la dernière recherche ou de la nouvelle molécule; elles racontaient des histoires avec passion. Je me souviens de celles de Monsieur ou de Madame Untel au chalet familial, le deuil d’un homme après une amputation ou l’espoir d’une femme qui avait reçu un diagnostic de cancer. Ces récits de leur quotidien professionnel ne respectaient pas toujours la confidentialité, une caractéristique propre aux petites villes sans doute (rires), mais je pouvais constater l’importance du vécu, ramené au sens profond de l’expérience humaine. Ces exemples ont influencé mon choix de carrière, tout autant que ma curiosité et mon intérêt pour la SCIENCE infirmière.

Après ma formation au cégep, d’autres infirmières ont influencé mon parcours. Odette Doyon, une femme de cœur, de tête et d’engagement, qui avait toujours une solution, peu importe le contexte ou la situation. Une infirmière inspirante, qui a réinventé, fait évoluer la formation et la pratique avancée à la vitesse grand V. Fabienne Fortin a aussi influencé mon parcours. Comme directrice de maîtrise, elle m’obligeait à réfléchir et à clarifier ma pensée. Elle me mettait au défi constamment : « Je n’ai pas compris ce que tu veux dire, réponds à mes questions, va chercher les réponses pour ceux qui vont te lire. » Elle m’a aidée à développer ma persévérance, le souci du détail, ma rigueur scientifique. Les gens du quotidien influencent aussi notre pratique. Chaque jour, les infirmières et infirmiers, et les autres professionnels que je côtoie ont un effet sur ma carrière et mes choix, et font de moi une infirmière plus accomplie… une meilleure infirmière!

Mon nursing parle d’écoute, d’empathie, de soutien à la relève. Il met à l’avant-plan le rôle prépondérant du personnel infirmier au sein du réseau, sa rigueur, sa responsabilité d’advocacy. Tous ces éléments sont importants pour moi. Actuellement, je travaille avec deux équipes d’infirmières en pratique avancée; notre rôle est de promouvoir et mettre de l’avant des actions concrètes visant la qualité et la sécurité des soins, de même que le développement de la pratique infirmière.

Au cours de ma carrière, la formation et le soutien à la relève ont toujours eu une place prépondérante. En tant que responsable des stages des IPS de l’Université de Montréal (UdeM) durant plusieurs années, j’ai pu constater l’importance de l’arrimage entre l’académique et la clinique. Les soins ont évolué, ils sont plus complexes, tout va plus vite; la pratique clinique doit donc influencer l’élaboration des programmes de formation et ces derniers doivent guider et inspirer une pratique clinique exemplaire en soins infirmiers. Les milieux de stage sont souvent saturés, une réelle préoccupation, mais certains secteurs peuvent être exploités davantage (salle d’opération, secteurs diagnostiques, cliniques spécialisées, soins critiques…). Est-il encore pertinent d’exiger de l’expérience aux jeunes membres de la profession par ces pratiques particulières? Je ne sais pas, mais bien entendu, cela suppose sans doute de repenser l’accompagnement sur le terrain, le préceptorat, de donner une plus grande place au mentorat et de prolonger certaines périodes d’orientation afin d’assurer une formation et des soins de qualité. Le but est de retenir les infirmières et infirmiers dans la profession et d’attirer les jeunes à la recherche d’une carrière stimulante!

Au cours des deux dernières années, la pandémie de COVID-19 a bousculé les milieux de soins; les stages en soins infirmiers, tous niveaux ou toutes spécialités confondus, n’ont pas été épargnés. Je crois qu’il faudra être sensible à ces cohortes de nouvelles infirmières et nouveaux infirmiers, afin de leur offrir un soutien particulier adapté à leurs besoins. Cela leur permettra de se développer, de s’engager dans la profession et de prodiguer des soins de qualité à la hauteur des besoins du réseau et des clientèles. 

Tout au long de ma carrière, le travail d’équipe et la collaboration ont été au cœur de mes projets et de mes réalisations. J’ai grandi professionnellement grâce à ces partenariats extraordinaires. J’ai toujours été stimulée par le partage d’idées, par la co-construction. J’ai profité de l’expertise de mes collaborateurs et j’ai partagé la mienne, ce qui a permis, entre autres, de collaborer au développement de la clinique d’insuffisance cardiaque de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ou de mener à bien une mission de soutien en CHSLD en 2020, dans le contexte de la pandémie. Je crois fermement que l’on n’arrive à rien tout seul ou du moins que l’on arrive à faire beaucoup mieux en équipe.

Comme je le disais précédemment, la pandémie est venue avec son lot de défis pour le réseau. S’y ajoutent le manque de ressources, surtout de soins infirmiers. Malheureusement, l’image médiatisée de la profession infirmière au cours des dernières années est sombre, trop axée sur la tâche, ce qui est dommage, car bien que le travail infirmier soit exigeant, il est très stimulant; il s’agit selon moi de la plus belle profession du monde! La relève doit être exposée à la réalité de cette profession dès le début de la formation, en stage (nature du travail, horaire variable sur les trois quarts de travail…), mais aussi à l’ensemble de ses bénéfices : apprentissages dans des domaines variés, travail d’équipe, développement de projets cliniques, choix de carrière multiples.

La profession doit demeurer attractive. Les incitatifs financiers font sans doute une différence, mais des activités de mieux-être au travail, la promotion de la conciliation travail-famille, des horaires adaptés doivent aussi, à mon avis, faire partie des réflexions à concrétiser dans la pratique actuelle et qui rejoignent peut-être davantage la génération actuelle. Il faut s’évertuer à démontrer que la profession est magnifique, exigeante, mais tellement enrichissante, et qu’elle regorge de possibilités de carrières.

Les infirmières et infirmiers ne sont pas des anges ni des super infirmières ou infirmiers (ce dernier terme a tout pour faire crouler la cause des IPS et de la pratique avancée et nuire à la collaboration intra- et interdisciplinaire). Ce sont des hommes et des femmes, des professionnels dûment formés et engagés.

J’ai des inquiétudes par rapport à la pénurie, mais beaucoup d’espoir en la relève. Elle est créative et pense autrement; son approche est directe et teintée de gros bon sens. Elle m’oblige à me renouveler, à évoluer et je me sens le devoir de l’accueillir, de l’accompagner. Je crois aussi que cette relève est plus encline à l’équilibre, ce qui représente une force pour s’investir pleinement dans un réseau avec des besoins immenses, tout en maintenant l’énergie et la motivation.

Avec les années, j’aime de plus en plus le processus, et non seulement la finalité. Je prends conscience des gains collatéraux, des apprentissages, des collaborations créées, même lorsque l’objectif initial pour un projet particulier n’est pas atteint. Les sentiments de jadis, frustration ou perception d’échec, se sont transformés en une évidence que le processus génère l’expérience. C’est sans doute la sagesse…. ou la vieillesse (rires)!

Infirmière depuis 32 ans, je suis toujours autant convaincue, passionnée, investie et nourrie par la certitude que j’ai fait plus d’une fois la différence! À la veille de ma retraite, je suis infiniment reconnaissante aux mentors qui m’ont inspirée, aux collègues qui m’ont accompagnée, corrigée, fait rire et réfléchir, à mes supérieurs qui ont cru en moi, à celles et ceux qui m’ont offert l’occasion de me développer comme infirmière, de m’engager à fond dans cette profession que j’ai choisie… et qui m’a choisie aussi!

Soirée Florence 2022 : 21 infirmières et infirmiers célébrés pour leur expertise

L’expertise infirmière était à l’honneur, le 15 juin, lors de la 19e Soirée Florence. Cet événement-bénéfice au profit de la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec était l’occasion de faire rayonner l’expertise infirmière, en mettant en lumière les parcours impressionnants et les réalisations des 21 finalistes des Prix Florence. 

Une biographie de chacun des 21 lauréates, lauréats et finalistes est disponible sur le site de l’OIIQ.

Voici nos membres de l'ORIIML ayant remporté les catégories suivantes : 

  • Engagement professionnel : Solange Boucher
  • Pratique collaborative : Audrey Chouinard
  • Promotion de la santé : Françoise Filion

Recherche

Mots clés

TD