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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

À la rencontre des lauréates et lauréats des prix Florence 2021 de la région de Montréal et Laval

La soirée des prix Florence 2021 a eu lieu en mai dernier. L’Ordre régional veut continuer à faire vivre le parcours des Florence et propose un rendez-vous privilégié avec chaque lauréate et lauréat permettant de souligner la créativité des infirmières et infirmiers. Liette Desjardins, en collaboration avec Mario Fortier, présente dans notre cyberjournal un résumé de ces rencontres avec les lauréates et lauréats 2021.

Promotion de la santé : Aissatou Sidibé

 

Aïssatou Sidibé, infirmière

Aïssatou Sidibé est infirmière depuis 2008. En 2011, cette Sénégalaise quitte la France pour le Québec avec une résidence permanente en main et obtient un poste à temps plein, de nuit, à l’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Ses coéquipières et coéquipiers lui ont transmis avec bonhomie les codes de la culture québécoise, en plus de ceux pratiqués dans les milieux de soins du Québec. Le prix Florence sur la Promotion de la santé met en lumière ce qui fût au départ un chemin d’ombres personnel pour devenir peu à peu une grande communauté réunie autour des fibromes utérins et de la santé gynécologique.

Lumière sur cette Québécoise qui éclaire aujourd’hui la route de centaines de femmes d’Europe, d'Afrique, des Amériques, et ce, depuis près de 10 ans.

Pour Aïssatou, le deuil de sa santé a commencé en 2013. « Je ne comprenais pas pourquoi je cherchais mon souffle. J’étais fatiguée à cause de l’horaire de nuit, la fatigue, les saignements énormes durant mes règles, des hémorragies qui pouvaient arriver au travail comme au supermarché. J'avais décidé d’attendre un peu avant d’aller consulter. Puis, un jour, j'ai ressenti une douleur thoracique qui m’a réveillée. À l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), son hémoglobine était à 57 (n 120); la consultation en gynécologie plutôt qu’en cardiologie l’a surprise. « Quand on a touché mon ventre, le verdict est tombé : 4 fibromes utérins, dont 1 de 8 cm. À 30 ans, j’ai pris conscience qu’il était temps pour moi de m’intéresser à mon appareil génital, chose que je n’avais jamais faite dans le passé. »

Un deuxième incident sérieux la ramène à l’urgence un mois après. « Mon hémoglobine était à 68, j’avais des douleurs importantes au mollet. C’était un soir de décembre, j'avais attendu toute la journée dans la salle d’attente et je voulais m’en aller avant de voir le médecin, car, ce soir-là, l’Institut de cardiologie fêtait ses 10 ans. Une infirmière m’a finalement montré avec son doppler une thrombophlébite profonde, un effet secondaire de la pilule. J’étais devenue une infirmière patiente. Je pensais aux femmes qui n’ont pas les moyens de se prendre en main, qui n’ont pas accès à une information de qualité ou à un médecin de famille, encore moins une gynécologue.

Le blogue Fibromelle est né de cette période difficile et l’association Vivre 100 fibromes a vu le jour deux ans plus tard. Durant ma période de convalescence, je racontais sur ce blogue mon expérience, j’y donnais de l’information sur mes recherches provenant de France, des États-Unis ou du Sénégal, des conseils utiles et concrets. J’ai ensuite approché des associations de gynécologues du Québec et du Canada, car leurs sites donnaient peu d’information sur les fibromes. Une très belle collaboration est née, grâce à un hyperlien du site de l’Association des obstétriciens et gynécologues à notre site; le premier site Internet francophone au Canada. On y parle d’acupuncture, d’ostéopathie, d’herboristerie. La richesse de ma voix est le point de vue d’une patiente avec les compétences d’une infirmière. 

Une autre collaboration en 2018 avec la clinique OVO a permis de diminuer la liste d’attente des consultations de 8 mois à 2 mois sur une période de 3 ans pour plus de 150 femmes. Depuis, une clinique de fibromes utérins a vu le jour au CHUM, pour continuer ce travail, avec toute une équipe médicale. Nous avons aussi collaboré avec l’HMR pour l’accès à de l’embolisation artérielle. Dans la dernière année, une trentaine de femmes y ont été dirigées afin d’obtenir des solutions non chirurgicales pour celles qui peuvent en bénéficier, évitant ainsi la grosse opération : l’hystérectomie.

Comme une femme noire sur trois vit avec un fibrome utérin, la Maison d’Haïti, celle d’Afrique et d’autres organismes communautaires s’impliquent dans une vision de partage avec la communauté, étant donné tout le volet culturel à considérer. Apprendre ensemble à parler et à donner la parole aux femmes pour que cette parole s’affirme, se libère. Le mouvement Me too rappelle de ne pas banaliser les situations pénibles vécues, car elles se déposent aussi dans le corps des femmes.

La santé intégrative est un concept à explorer davantage, pour faire le pont entre les infirmières, la patiente, le corps médical et les autres professionnels de la santé. L’idée est d’encourager la responsabilité individuelle grâce à l’éducation, mais aussi la responsabilité collective. On peut alors apporter des solutions à plusieurs niveaux pour la santé des femmes québécoises. Chaque femme est différente et le fibrome n’a pas les mêmes répercussions sur chacune. Certaines ne veulent pas d’enfants, d’autres ont une peur bleue des chirurgies. Les femmes commencent à mettre des mots sur des maux, cela permet de contrer une certaine banalisation de l’appareil gynécologique par les médecins de famille. Même moi, j’ai cru en 2013 qu’après les traitements, je n’aurais plus à me préoccuper de mon utérus. 

Comme infirmière, nous ne devons pas minimiser notre contribution en santé intégrative, comme l’accès à l’information, la clarification des choix, l’accompagnement. Peu importe le niveau d’études ou le domaine d’activité, les fibromes utérins concernent la gériatrie, la cardiologie, en plus de la gynécologie. Personnellement, comme patiente, je veux qu’une infirmière m’accompagne dans mes choix pour me permettre de prendre des décisions libres et éclairées sur ma santé et les différents traitements sur le marché. 

En prenant la parole, j'encourage d'autres femmes à parler. Depuis maintenant quatre ans, je réalise des ateliers éducatifs, des outils de communications et, depuis le début de 2021, des accompagnements individuels et personnalisés sont offerts à nos membres. Tout cela a pu se faire grâce à une équipe de femmes bénévoles, passionnées, dont la majorité est atteinte de fibromes utérins. Ensemble, nous aidons d’autres femmes à naviguer dans le système de santé.

Ma force est le côté relationnel, car je sais qu’on peut soigner par la parole. En décembre dernier, j’ai donné ma première conférence à l’ORIIM/L et j’espère en offrir d’autres pour continuer le travail de sensibilisation auprès d’organismes communautaires, dans les hôpitaux et auprès des infirmières, afin de mieux comprendre le vécu des femmes atteintes de fibromes utérins au Québec. Comme membre de la profession, il est possible d’ouvrir le dialogue sur la santé gynécologique, d’encourager l'échange sur la sexualité et le corps avec les filles qui nous entourent. Quand elles sont éduquées, elles comprennent mieux ce qui leur arrive. Imaginez toutes ces infirmières impliquées, faisant la promotion de la responsabilité, de l’autonomie et de la santé de la femme, pour une décision vraiment éclairée.»

Depuis la rencontre, Aïssatou Sidibé s’est jointe à la clinique de gynécologie du département mère-enfant du CHUM en septembre 2021. Digne ambassadrice des femmes et ses infirmières, elle prend la parole dans les médias et dans la société québécoise, comme en témoigne cet article du Devoir partageant le regard d’autrui sur notre système de santé. La promotion de la santé la définit bien, autant dans sa vie professionnelle que personnelle. « Comme infirmière, j’estime que notre responsabilité d’enseignement et de prévention dépasse l’hôpital. »

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