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TÊTES D'AFFICHE

TÊTES D'AFFICHE

À la rencontre des lauréates et lauréats des prix Florence 2021 de la région de Montréal et Laval 

La soirée des prix Florence 2021 a eu lieu en mai dernier. Maintenant, l’Ordre régional veut continuer à faire vivre le parcours des Florence et, à cet égard, soutient les travaux menés par Liette Desjardins, portant, entre autres, sur la créativité des infirmières et des infirmiers, dont les lauréates et lauréats 2021. Un rendez-vous privilégié avec chaque récipiendaire, et un texte étonnant le résumant, est publié dans notre cyberjournal. Un travail exemplaire, accompli par Liette Desjardins en collaboration avec  Mario Fortier.

Florence en pratique collaborative : David Gourde

Campé dans un coin vert du quartier d’Ahuntsic, David Gourde nous reçoit dans un haut lieu de la collaboration, un centre d’expertise en promotion de la santé, prévention et gestion des maladies chroniques. D’entrée de jeu, il nous révèle que d’être parvenu là dans sa carrière est un rêve devenu réalité. «  Je suis le premier surpris du chemin que j’ai parcouru jusqu’à maintenant.  »

Diagnostiqué asthmatique en bas âge, ses hospitalisations fréquentes et ses contacts avec le personnel infirmier et les inhalothérapeutes ont tracé la voie à ce qui allait devenir une belle carrière infirmière. «  Quand j’avais cinq ans et que j’étais hospitalisé, les infirmières m’amenaient avec elles dans leurs tournées des patients. Autre temps, autres mœurs. J’ai eu de la chance.  » Sa relation intime avec la dyspnée le rend à même de bien comprendre ce qu’un patient ressent au-delà de l’essoufflement. «  Je peux dire que je comprends ce que signifie l’expression “manquer d’air”.  »

Avec son DEC en poche et la santé respiratoire comme boussole, il rencontre des mentors : Monique Boucher, Sylvain Demers et Chantal Robitaille. Ces personnes ont contribué à former la pensée de ce lauréat en pratique collaborative. Le commentaire d’une infirmière l’a marqué en début de carrière: «  Les problèmes cliniques qu’on vit en tant qu’infirmière ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent à l’équipe au complet. On ne doit pas tout mettre sur nos épaules.  » Sa vision de la collaboration est comme un jeu de casse-tête. «  Tu contribues dans une équipe en y emmenant tes morceaux. En même temps, tu laisses voir les trous où les autres placent aussi leurs morceaux. C’est comme ça que tu avances en construisant et non pas en rivalisant.  »

David se sent privilégié comme infirmier bachelier de collaborer à la mise en place d’un nouveau centre d’expertise dans son organisation. En plus, il siège aux conseils d’administration de la Société de thoracologie canadienne et de l’Association pulmonaire du Québec. «  Par ces implications, j’ai la chance de partager mes idées au-delà du cadre des soins standards.  » Cet élan, il le doit aux inhalothérapeutes, aux infirmières de son enfance, mais aussi à trois Florence qui ont éclairé sa route, Diane Nault (2012), Sylvie Lafrenière (2014) et Esther Dajczman (2012).

Pour lui, l’infirmière ou l’infirmier doit s’assoir dans le siège du conducteur de sa carrière. «  Il ne faut pas laisser l’employeur décider de notre carrière. Il faut qu’il y ait une intentionnalité quand nous choisissons nos formations et nos postes. C’est la façon d’avoir une carrière qui nous comble et ainsi de donner le meilleur à nos patients.  » La route est claire pour lui : terminer sa maîtrise avec comme objectif d’améliorer les connaissances en dyspnée chronique. Il veut créer du contenu et outiller les intervenants. «  Il faut dépasser le fameux terme “dyspnée ++” des notes au dossier.  »

David Gourde sait qu’il est difficile de se projeter dans le futur en ces moments incertains. Il est conscient qu’en temps de crise et avec le manque de personnel, les décideurs sont tentés de céder des champs de compétence à des non-professionnels. Il encourage le gouvernement à ne pas céder à la panique en matière de santé. «  En ce moment, la population ne se rend pas compte du sérieux de la situation. Le personnel infirmier est important dans la société, il est l’interface entre la population et le système de santé. Il soigne, traduit, oriente. Il est la clé de voûte du système.  »

Conscient des enjeux actuels, il voit la pratique collaborative comme indispensable. «  Il faut que les différents professions, départements et établissements discutent ensemble de cas cliniques complexes et des grands utilisateurs de soins ne répondant pas aux “critères d’inclusion”, mais qui sont pourtant sous notre responsabilité. La collaboration a l’avantage d’améliorer la qualité de vie de la clientèle et est très efficiente pour le réseau de la santé. Tout le monde y gagne.  »

Il réfléchit beaucoup à la pratique clinique. «  Pour moi, l’art infirmier, c’est l’art d’entrelacer la science et le cœur si harmonieusement que les patients ne voient plus la mécanique du soin, ils n’y voient que du soulagement. C’est bien pour les patients, mais c’est malheureusement pour cette même raison, que la population ne reconnaît pas notre expertise. Nous faisons tellement bien notre travail, qu’elle ne voit pas toute l’expertise et la science derrière nos gestes.  »

Son espoir vient de la relève. «  Il faut reconnaître que la relève est vraiment exceptionnelle. Sa culture scientifique est bien plus développée qu’il y a 20 ans. À une nouvelle infirmière qui se cherche, qui se sent différente, je dis : “sois différente”. Tous les membres de la profession sont différents dans leurs réflexions et leur manière de soigner. Il faut se laisser briller, c’est la plus belle chose à offrir aux autres et à soi-même.  » Il ajoute : «  Perdre espoir en la relève, à cause de nos préjugés générationnels, est un piège. Nous avons le devoir d’accueillir les valeurs de la jeunesse et surtout cesser d’inhiber leur belle lumière.  »

«  Voir et entendre la détresse toute la journée peut provoquer l’usure de compassion et des traumatismes vicariants. C’est à mon sens un des grands risques pour le personnel infirmier.  » Pour lui, le mindfullness permet de reconnaître son état d’esprit en temps réel. C’est un pas conscient à la portée de toutes et tous vers un mieux-être personnel et professionnel.

«  Mes plus beaux moments professionnels sont lorsqu’un patient met en place de nouvelles stratégies pour améliorer son bien-être et qu’il prend conscience de son rôle face à sa santé. Quand je le vois s’activer et qu’il se transforme sous mes yeux, c’est comme un orgasme professionnel.  » Il éclate de rire. «  Mon nursing parle de patients qui réussissent à accomplir leurs aspirations tout simplement.  »

«Pour moi, faire le petit plus, c’est prendre 10 minutes pour “ faire la job ” de finition. C’est peaufiner une note, rédiger un meilleur rapport, essayer de mieux comprendre la vie du patient. C’est un défi de tous les instants, parce que les 10 minutes peuvent être rares parfois.  »

Finalement, David aime créer et collaborer. Avec son implication canadienne et québécoise en santé respiratoire, son travail d’intervenant pivot en maladie pulmonaire chronique, son deuxième cycle universitaire, il maintient le cap : faire connaître le phénomène de la dyspnée chronique. Heureusement pour nous, le Florence en pratique collaborative 2020-2021 a du souffle.

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