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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Soins infirmiers inclusifs de la diversité sexuelle et de genre

Auteure : Isabelle Savard, IPSPL, M. Sc. inf., MPH

Les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre, dites des communautés LGBTQ2+1, ont une apparence corporelle, des conduites sexuelles, une orientation sexuelle ou une identité de genre non conformes aux normes culturelles de la sexualité et de genre (Laforest, Maurice, & Bouchard, 2018). En 2017, ces communautés représentaient 13 % de la population canadienne, soit plus d’une personne sur huit (Fondation Jasmin Roy, 2017). Selon de nombreuses études (Abramovich & Shelton, 2017; Orgel, 2017; Steele et al., 2017; Wanta, Niforatos, Durbak, Viguera et Altinay, 2019), les personnes LGBTQ2+ sont désavantagées en termes de santé, car elles ont un accès moindre aux soins, un moins bon état de santé général et des taux plus élevés de consommation d’alcool, de tabac et de substances que la population générale. De plus, elles présentent une vulnérabilité accrue aux infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), sont plus sujettes à être des personnes sans-abri, à souffrir de troubles mentaux et, enfin, à risque accru de suicide. Également, les personnes trans2 et non binaires3, en plus des besoins de santé généraux, ont des besoins spécifiques, les soins transaffirmatifs, tels que l’accès à des bloqueurs hormonaux, à l’hormonothérapie ou à des chirurgies d’affirmation de genre. Elles peuvent avoir besoin d’un accompagnement psychosocial pendant leur questionnement et leur transition. Ces soins sont souvent très difficiles d’accès, encore plus en dehors des grands centres urbains (Reisner, Radix, & Deutsch, 2016).

La discipline infirmière est fondée sur une approche holistique centrée sur le patient et sur des valeurs de justice sociale et d’advocacy (Paquin, 2011). Par conséquent, il est particulièrement important que les infirmières et infirmiers soient en mesure d’offrir des soins inclusifs aux personnes LGBTQ2+, afin de répondre à leurs besoins de santé et de réduire les iniquités en santé. Même sans travailler dans des services spécifiques à ces communautés, le personnel infirmier doit, au quotidien, avoir une sensibilité et une ouverture d’esprit dans ses soins, peu importe où il travaille, puisque parmi leurs patients et collègues se trouvent des personnes LGBTQ2+, qu’elles l’expriment publiquement ou non. Pour offrir des soins inclusifs à ces communautés, certains auteurs croient qu’il faut créer des environnements de soins ouverts et propices au changement afin d’influencer les structures organisationnelles et les politiques de santé (Menkin, Tice, & Flores, 2020), mais, concrètement et au quotidien, que peuvent faire les infirmières et les infirmiers?

Le développement des compétences auprès des communautés LGBTQ2+ passe par trois moyens principaux : l’éducation formelle grâce à des formations ou des conférences, le contact avec les membres d’une communauté et les expériences interactives telles que les simulations et jeux de rôles (Orgel, 2017).

D’abord, rares sont les cursus de formation infirmière où sont abordées les questions d’identité sexuelle et de genre (Bonvicini, 2017; Lim & Bernstein, 2012) et, souvent, le personnel infirmier se sent mal préparé et peu outillé pour offrir des soins inclusifs. Ce manque de formation se traduit chez les infirmières et les infirmiers par des attitudes négatives. Elles et ils contribuent à endosser des stéréotypes ou renforcer le sentiment de manquer d’outils pour fournir des soins appropriés à ces personnes. Au-delà de la formation initiale, les offres de formation continue portant sur les soins inclusifs aux communautés LGBTQ2+ sont toutefois de plus en plus disponibles (Carabez et al., 2015). Les infirmières et infirmiers peuvent aussi formuler cette demande de formation auprès de leurs employeurs, de leurs associations ou ordres professionnels. Plusieurs sites Internet , comme celui d’Interligne (Interligne, 2017) contribuent aussi à la formation continue. Les formations professionnelles sont un espace idéal pour intégrer des expériences interactives en y pratiquant, par exemple, une simulation d’interaction ou des jeux de rôle.

De plus, des organismes communautaires et des fondations offrent de la formation dans les écoles, les entreprises et les services publics tel le réseau de la santé et des services sociaux pour former des « allié.e.s de la diversité sexuelle et de genre ».  C’est le cas, par exemple, du Réseau des alliés des Laurentides (Réseau des alliés des Laurentides, N.D.) et de la Fondation Émergence (Fondation Émergence, 2020), qui proposent des formations dans toutes les régions du Québec. Elles sensibilisent les participantes et participants aux réalités LGBTQ2+, mettent en contexte la stigmatisation liée à l’attitude et au langage utilisé par les professionnelles et donnent des outils concrets pour développer des compétences afin de travailler auprès de la diversité sexuelle et de genre. 

Ensuite, utiliser l’immersion dans les soins auprès des personnes LGBTQ2+ demeure un moyen optimal pour développer ses compétences professionnelles afin d’offrir des soins inclusifs (Orgel, 2017). Par exemple, des stages d’observation ou du bénévolat dans les établissements ou organismes communautaires fournissant des soins transaffirmatifs sont l’occasion d’être en contact avec les personnes issues de communautés de la diversité sexuelle et de genre pour parfaire ses compétences. 

Finalement, la simple prise conscience de nos propres jugements, valeurs et limites en tant que soignantes et soignants fait une différence dans l’offre de soins inclusifs. En n’assumant pas d’emblée que nos patients sont tous « cisgenres4 et hétérosexuels » lors de nos interventions, nous créons un endroit sécuritaire et ouvrons une porte à la personne qui pourra, si elle le souhaite, se confier ou indiquer ses besoins spécifiques. 

Même s’il est utopique de penser que tout le personnel infirmier devienne expert de la diversité sexuelle et de genre, il est primordial qu’il soit un allié de ces communautés en adoptant une approche inclusive, non stigmatisante et sans jugement afin d’assurer des soins humains et de qualité pour tous les patients. 

Notes 

[1] LGBTQ2+ : Lesbienne, gay, bisexuel.le, trans, queer, bispirituel.le et le « + » inclue les autres identités sexuelles et de genre (non binaire, asexuel.le, intersexué.e, en questionnement, etc.)

2 Personne trans : Personne ayant une identité de genre différente que le genre biologique assigné à la naissance.

3 Personne non binaire : Personne ayant une identité de genre qui n’est pas 100 % femme ou 100 % homme, mais qui se situe dans le spectre entre les deux.

4 Cisgenre : Personne ayant une identité de genre identique à son genre biologique assigné à la naissance.

Références

Abramovich, A., & Shelton, J. (2017). Where Am I Going to Go?: Intersectional Approaches to Ending LGBTQ2S Youth Homelessness in Canada & the US: Canadian Observatory on Homelessness Press.

Bonvicini, K. A. (2017). LGBT healthcare disparities: What progress have we made? Patient Education and Counseling, 100(12), 2357-2361. doi:https://doi.org/10.1016/j.pec.2017.06.003

Carabez, R., Pellegrini, M., Mankovitz, A., Eliason, M., Ciano, M., & Scott, M. (2015). “Never in All My Years…”: Nurses' Education About LGBT Health. Journal of Professional Nursing, 31(4), 323-329. doi:10.1016/j.profnurs.2015.01.003

Fondation Émergence. (2020). Retrieved from https://www.fondationemergence.org/

Fondation Jasmin Roy. (2017). 13 % de la population canadienne appartiendrait aux communautés LGBT selon le sondage « Réalités LGBT », premier sondage pancanadien sur les communautés LGBT mené par CROP pour la Fondation Jasmin Roy. Retrieved from https://www.newswire.ca/fr/news-releases/13--de-la-population-canadienne-appartiendrait-aux-communautes-lgbt-selon-le-sondage--realites-lgbt--premier-sondage-pancanadien-sur-les-communautes-lgbt-mene-par-crop-pour-la-fondation-jasmin-roy-639432263.html

Interligne. (2017). Guide de ressources LGBT. Retrieved from http://guidelgbt.org/

Laforest, J., Maurice, P., & Bouchard, L. M. (2018). Rapport québécois sur la violence et la santé: Institut national de santé publique du Québec.

Lim, F. A., & Bernstein, I. (2012). Promoting awareness of LGBT Issues in Aging in a Baccalaureate Nursing Program. Nursing Education Perspectives (National League for Nursing), 33(3), 170-175. doi:10.5480/1536-5026-33.3.170

Menkin, D., Tice, D., & Flores, D. (2020). Implementing inclusive strategies to deliver high-quality LGBTQ+ care in health care systems. Journal of Nursing Management, n/a(n/a). doi:10.1111/jonm.13142

Orgel, H. (2017). Improving LGBT Cultural Competence in Nursing Students: An Integrative Review. ABNF Journal, 28(1), 14-18.

Paquin, S. O. M. (2011). Social Justice Advocacy in Nursing: What Is It? How Do We Get There? Creative Nursing, 17(2), 63-67.

Reisner, S. L., Radix, A., & Deutsch, M. B. (2016). Integrated and Gender-Affirming Transgender Clinical Care and Research. Journal of acquired immune deficiency syndromes (1999), 72 Suppl 3(Suppl 3), S235-S242. doi:10.1097/QAI.0000000000001088

Réseau des alliés des Laurentides. (N.D.). Le réseau des alliés. Retrieved from https://www.allieslaurentides.ca/

Steele, L. S., Daley, A., Curling, D., Gibson, M. F., Green, D. C., Williams, C. C., & Ross, L. E. (2017). LGBT identity, untreated depression, and unmet need for mental health services by sexual minority women and trans-identified people. Journal of Women's Health, 26(2), 116-127.

Wanta, J. W., Niforatos, J. D., Durbak, E., Viguera, A., & Altinay, M. (2019). Mental Health Diagnoses Among Transgender Patients in the Clinical Setting: An All-Payer Electronic Health Record Study. Transgender health, 4(1), 313-315. 

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