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COMITÉ JEUNESSE

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Et moi, ma santé mentale ?

En tant que professionnels de la santé, nous sommes quotidiennement exposés à divers problèmes touchant la santé mentale de nos patients. Toutefois, qu’en est-il de notre santé mentale en tant que soignante ou soignant ?

La détresse psychologique vécue par les infirmières et infirmiers de la relève est bien présente dans le réseau de la santé. (McLeod, 2019). Depuis maintes années, la santé mentale du personnel infirmer de la relève est fragilisée (Rudman, Arborelius, Dahlgren, Finnes et Gustavsson, 2020). La situation actuelle liée à la pandémie SARS-CoV-2, soit la Covid-19, ajoute du stress et des incertitudes chez les personnes soignantes (Savitsky, Findling, Ereli et Hendel, 2020). Il est important de faire le point sur la situation et de se questionner sur notre santé mentale. Cet exercice est nécessaire, d’abord et avant tout, pour trouver un équilibre sain entre notre vie personnelle et notre profession. Les infirmières et infirmiers s’oublient souvent au nom de la vocation. Il est primordial d’être fonctionnel en tant qu’individu en dehors de son travail. 

J’ai eu la chance de discuter de cet enjeu avec une étudiante à la maîtrise d’infirmière praticienne spécialisée en santé mentale, Valérie Duff-Murdoch. À la lumière de son expertise, voici quelques questions et réponses concernant notre sujet de l’heure, la santé mentale chez les infirmières et infirmiers.

Plusieurs infirmières et infirmiers vivent de la détresse psychologique. Que faire pour reconnaître les signes de sa propre détresse psychologique ? 

R (Valérie) : Il est important d’être à l’écoute de soi et de prendre un moment pour se poser la question : « Est-ce que je vais bien ? »

Vous pouvez réfléchir aux activités que vous avez l’habitude de faire : « Les choses que je faisais avant sont-elles plus difficiles à exécuter aujourd’hui? »

Concernant le contexte de travail :

  • « Est-ce que je sens une grande démotivation ? »;
  • « Ai-je de la difficulté à dormir et à me lever le matin ? »;
  • « Est-ce que je ressens plus de stress ou d’anxiété face au travail ? »;
  • « Ai-je de la difficulté à avoir de l’empathie envers les autres ? ».

Ces questions peuvent donner des pistes et émettre des signaux d’alarme pour indiquer une potentielle détresse psychologique. Restez à l’affût des situations dénotant cette détresse au travail. Par exemple, un manque de patience envers les patients (ex. : irritation concernant les demandes fréquentes, etc.). En fin de journée, il est important de faire le point. Il est nécessaire d’effectuer une rétrospection face aux émotions difficiles vécues afin de les considérer.

Que faire pour reconnaître les signes de détresse psychologique chez les autres ?

R (Valérie) : Soyez à l’affût des changements de comportement de vos collègues. Observez les contrastes entre leurs habitudes usuelles et leurs nouveaux comportements (ex. : commentaires apathiques, pleurs au travail, etc.). Il est possible de poser une question ouverte à une ou un collègue pour savoir comment elle ou il se sent en tenant compte du contexte et du lieu de cette discussion, bien sûr. Les difficultés ne concernent peut-être pas le travail, mais elles s’y reflètent.

Quels moyens peuvent être utilisés afin de faire face aux émotions difficiles liées au contexte de travail ? 

R (Valérie) :

  • Au travail : Parlez-en avec un allié (une ou un collègue), prenez cinq minutes pour aller à la salle de bain, prenez vos pauses et veillez à bien vous alimenter au travail (quitte à demander de l’aide à une ou un collègue pour surveiller vos patients et vous permettre d’aller manger, vous rendre à la salle de bain ou prendre l’air à l’extérieur quelques minutes).
  • À la maison : Tentez de décrocher, trouvez des moyens pour vous distraire. Ne mettez pas l’accent sur des situations passées incontrôlables. Trouvez un nouveau passe-temps (ex. : les arts, la cuisine, etc.). Ne vous vous sentez pas coupable de faire une activité considérée comme étant non « productive » (ex. : regarder la télévision, prendre un bain, etc.). Prenez du temps pour vous, ne vous sentez pas mal d’avoir refusé un quart de temps supplémentaire, si cela vous a été proposé. Soyez à votre écoute.

Quels signes dénotent des mécanismes de régulations personnels inadéquats (pour soi-même) face aux émotions difficiles ? 

R (Valérie) : D’abord, déterminez si les moyens habituels pour pallier vos émotions difficiles sont toujours efficaces (ex. : marcher, écouter de la musique, etc.). Si les activités qui vous permettent habituellement de décrocher ne vous font pas sentir mieux et que vous vivez une détresse profonde (idées noires, manque de motivation constante, etc.), vos mécanismes peuvent être inadéquats. N’hésitez pas à aller chercher de l’aide auprès des ressources mentionnées ici-bas. Votre bien-être est essentiel, c’est une priorité. Il est important d’être à l’écoute de vous-même.

Comment soutenir nos collègues, si des indices nous portent à croire que leur santé mentale est fragilisée ?

R (Valérie) : Démontrez-leur de l’ouverture sans insister, restez à l’écoute. Respectez l’autre et rendez-vous disponible, si c’est possible. Apprenez aussi à reconnaître les limites d’autrui.

En contexte de travail : Tentez toujours de parler avec votre collègue concerné d’abord. Si cette personne présente un danger pour elle-même, autrui ou la sécurité des patients dans leur prise en charge, tournez-vous vers un supérieur immédiat qui étudiera la situation avec la personne et assurera la sécurité de toutes et tous. Il est important de reconnaître ses propres limites. Si vous êtes déjà fragile, vous pouvez trouver difficile d’aider les autres, cela peut même vous nuire.

Quelles sont les ressources institutionnelles offertes aux infirmières et infirmiers ? 

R (Valérie) : Plusieurs services sont offerts par l’entremise de l’employeur pour les travailleuses et travailleurs dans le réseau public de santé. Le programme d’aide aux employés est confidentiel et souvent offert en externe. Il permet d’avoir plusieurs séances gratuites. D’autres organismes offrent du soutien. En voici quelques exemples :

Merci à Valérie Duff-Murdoch pour sa participation à l’écriture de cet article.

Julie Séguin Pilon
Infirmière clinicienne
Étudiante à la maîtrise en sciences infirmières, volet formation
Membre du Comité jeunesse de l’ORIIM/L

Valérie Duff-Murdoch
Infirmière clinicienne
Étudiante à la maîtrise d’infirmière praticienne spécialisée en santé mentale
Membre du Comité Jeunesse de l’ORIIM/L 

Références     

McLeod, C., (2019). Épuisement professionnel du personnel infirmier: Nous n’en faisons    pas assez. Infirmière canadienne. Oct.28, 2019.

Centre for Posttraumatic Mental Health and the Canadian Centre of Excellence – PTSD [CPMHCCE -PTSD] (2020). Détresse morale chez les travailleurs de la santé durant la pandémie de Covid-19 : Guide sur les préjudices moraux [CPMHCCE-PTSD] (2020) : Repéré en ligne à :https://blessuremorale.ca/wpcontent/uploads/2020/07/Guide-sur-les-  pr%C3%A9judices-moraux.pdf

Rudman, A., Arborelius, L., Dahlgren, A., Finnes, A., et Gustavsson, P. (2020). Consequences of early career nurse burnout: A prospective long-term follow-up on cognitive functions, depressive symptoms, and insomnia. EClinicalMedicine27, 100565.

Savitsky, B., Findling, Y., Ereli, A., et Hendel, T. (2020). Anxiety and coping strategies among nursing students during the covid-19 pandemic. Nurse Education in Practice, 102809.

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