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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Validation d’une technologie innovante pour l’évaluation de la douleur chez les patients sous ventilation mécanique à l’unité des soins intensifs (USI) : l’index de nociception (Nociception Level Index/NOL) 

Par Shiva Shahiri, inf., M. Sc. (A) et Dre Céline Gélinas, inf., Ph. D.

Shiva Shahiri, inf., M. Sc. (A)

Céline Gélinas, inf., Ph. D.

Contexte 

La douleur est un symptôme fréquent chez les patients hospitalisés à l’unité des soins intensifs (USI) (Devlin et al., 2018). Bien que plus de 75  % des patients d’USI signalent une douleur au repos, il a été constaté que l’intensité de leur douleur augmentait considérablement (> 4/10) pendant les procédures de soins de routine. Une évaluation inadéquate de la douleur a été associée à des résultats négatifs pour les patients, comme une durée prolongée de ventilation mécanique et/ou de séjour à l’USI, et un taux de mortalité plus élevé (Georgiou, Hadjibalassi, Lambrinou, Andreou et Papathanassoglou, 2015). Bien que l’auto-évaluation par la personne constitue la mesure de référence de la douleur, de nombreux patients d’USI sont incapables de communiquer verbalement ou par signes (p. ex. : hochement de tête). En conséquence, ces patients sont à risque de ne pas recevoir un traitement approprié pour soulager leur douleur. Dans une telle situation, les échelles comportementales (soit Critical-Care Pain Observation Tool/CPOT [Gélinas, Fillion, Puntillo, Viens et Fortier  2006], Behavioral Pain Scale/BPS [Payen et al., 2001]) sont les mesures de rechange recommandées pour la clientèle d’USI (Devlin et al., 2018). Cependant, ces échelles comportent des limites. Les comportements liés à la douleur sont impossibles à détecter chez les patients qui ne réagissent plus aux stimuli (c’est-à-dire un score de 3 sur l’échelle de coma de Glasgow) ou qui reçoivent des agents bloqueurs neuromusculaires, et ces comportements sont difficiles à détecter chez les patients recevant des doses élevées d’agents sédatifs (Gélinas, 2016). Par conséquent, d’autres méthodes d’évaluation de la douleur doivent être explorées. Les signes vitaux sont disponibles grâce à une surveillance continue à l’USI. Toutefois, ils ne constituent pas des indicateurs valides pour évaluer la douleur. En effet, la variabilité interindividuelle de l’utilisation des signes vitaux ne permet pas d’effectuer une évaluation fiable de la douleur (Gruenewald et Ilies, 2013). L’index de nociception (NOL)TM (Medasense Biometrics Ltd., Ramat Gan, Israël) est une nouvelle technologie qui incorpore simultanément plusieurs paramètres physiologiques (soit la fréquence cardiaque et sa variabilité, l’amplitude du pouls, le niveau de conductance cutanée et ses fluctuations) pour mesurer la douleur. Un index variant de 0 à 100 est ensuite généré dans un algorithme de régression non linéaire et une valeur >25 est généralement indicative de douleur. Dans le cadre d’une étude pilote, nous avons exploré l’utilisation de l’index NOL pour l’évaluation de la douleur en contexte d’USI chez des patients conscients et avons obtenu des résultats prometteurs [résumé publié par Richebé et Gélinas, 2018; projet de maîtrise par Shahiri, Richard, Richebé et Gélinas, 2019, accepté pour publication dans Pain Management Nursing]. Par exemple, l’index NOL a montré des valeurs plus élevées (médiane = 42) lors de la succion endotrachéale (procédure nociceptive) comparativement à la prise de pression artérielle avec le brassard (médiane = 15). L’index NOL a également été associé à l’intensité de la douleur (auto-évaluation par le patient) et au score de l’échelle CPOT. Mon étude doctorale est une suite logique de l’étude pilote réalisée dans le cadre de ma maîtrise et vise à valider l’utilisation de l’index NOL pour l’évaluation de la douleur chez des patients ventilés mécaniquement à différents niveaux de conscience.

Objectifs

Les objectifs spécifiques de cette étude visent à examiner : a) la capacité de l’index NOL à détecter la douleur chez les patients mécaniquement ventilés, conscients et capables de fournir leur auto-évaluation de douleur et chez les patients avec altération du niveau de conscience dont l’évaluation de la douleur est obtenue à l’aide de l’échelle CPOT ; b) la capacité de l’index NOL à faire la distinction entre une procédure nociceptive et non nociceptive.

Contributions à l’avancement des connaissances

Les infirmières sont les intervenantes de première ligne pour évaluer la douleur. Elles ont des obligations professionnelles et éthiques selon le concept d’« advocacy » envers les patients vulnérables, en particulier ceux incapables de communiquer. Une évaluation appropriée et systématique de la douleur doit être effectuée chez tous les patients adultes à l’USI. Cependant, dans certaines situations, les outils d’évaluation de la douleur disponibles ne peuvent pas être utilisés. L’identification d’une mesure physiologique valide de la douleur constituerait une contribution significative dans le processus de gestion de la douleur chez les patients non communicants en USI. De plus, une évaluation objective et adéquate de la douleur dans cette population vulnérable est cruciale pour prendre des décisions appropriées de gestion de la douleur et offrir un traitement analgésique optimal.

Références 

Devlin, J. W., Skrobik, Y., Gélinas, C., Needham, D. M., Slooter, A. J., Pandharipande, P. P., . . . Rochwerg, B. (2018). Clinical practice guidelines for the prevention and management of pain, agitation/sedation, delirium, immobility, and sleep disruption in adult patients in the ICU. Critical Care Medicine, 46(9), e825-e873

Gélinas, C. (2016). Pain assessment in the critically ill adult: Recent evidence and new trends. Intensive & Critical Care Nursing, 34, 1-11. doi: 10.1016/j.iccn.2016.03.001

Gélinas, C., Fillion, L., Puntillo, K. A., Viens, C., & Fortier, M. (2006). Validation of the Critical-Care Pain Observation Tool in adult patients. American Journal of Critical Care, 15(4), 420-427.

Gélinas, C., & Richebé, P. (2018). Exploring the use of an innovative technology for pain assessment during mediastinal tube removal in cardiac surgery patients in the intensive care unit: The Nociception Level (NOL) IndexTM . European Society of Intensive Care Medicine, Paris, France, Oct 22-24. Intensive Care Medicine Experimental, 6(Suppl 2), 1319.

Georgiou, E., Hadjibalassi, M., Lambrinou, E., Andreou, P., & Papathanassoglou, E. D. (2015). The Impact of Pain Assessment on Critically Ill Patients' Outcomes: A Systematic Review. BioMed Research International, 2015, 503830. doi:10.1155/2015/503830

Gruenewald, M. A. P. of A. M. D., & Ilies, C. Consultant in A. M. D. D. (2013). Monitoring the nociception-anti-nociception balance. Best Practice & Research Clinical Anaesthesiology, 27(2), 235-247. doi:10.1016/j.bpa.2013.06.007

Payen, J. F., Bru, O., Bosson, J. L., Lagrasta, A., Novel, E., Deschaux, I., Jacquot, C. (2001). Assessing pain in critically ill sedated patients by using a behavioral pain scale. Critical Care Medicine, 29(12), 2258-2263.

Shahiri T., S., Richard-Lalonde, M., Richebé, P., & Gélinas, C. (2019, accepté pour publication). Exploration of the Nociception Level (NOL)TM Index for pain assessment during endotracheal suctioning in mechanically ventilated patients in the intensive care unit: An observational and feasibility study. Pain Management Nursing.

Biographie de Mme Shiva Shahiri

Mon nom est Shiva Shahiri, je suis infirmière et étudiante au doctorat en sciences infirmières à l’Université McGill. Ma superviseure est Dre Céline Gélinas, professeure agrégée à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill et chercheuse au Centre de recherche en sciences infirmières et à l’Institut Lady Davis de l’Hôpital général juif – CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Son expertise est liée à l’évaluation et la gestion de la douleur en USI. Elle a créé des outils pour l’évaluation de la douleur (dont l’échelle CPOT) et a exploré différentes mesures physiologiques, dont l’index NOL. Mon étude doctorale s’insérera dans un projet de recherche plus large sur la validation de l’index NOL en contexte d’USI, projet pour lequel elle et son équipe ont récemment reçu une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Une formation doctorale en sciences infirmières me permettra de participer au développement, à l’évaluation et à la mobilisation des connaissances en sciences infirmières. La gestion de la douleur est un domaine particulièrement pertinent pour les sciences infirmières. À ce jour, outre le projet pilote de la Dre Céline Gélinas et mon étude de maîtrise, l’utilisation de l’index NOL a été surtout étudiée dans le domaine de l’anesthésie. Au cours de mon doctorat, je souhaite contribuer à l’avancement des connaissances concernant la validation de cette nouvelle technologie pour l’évaluation de la douleur chez la clientèle ventilée mécaniquement à l’USI.

Les infirmières utilisent souvent des technologies médicales coûteuses et complexes dans leur pratique clinique. Compte tenu de mon expérience, comme travailler avec différentes technologies en salle d’opération, et de mon étude de maîtrise, j’ai réfléchi à la contribution des infirmières dans les processus de conception, de développement et de prise de décision concernant ces technologies et leur utilisation dans la pratique clinique. Les infirmières sont des utilisatrices clés de nombreuses technologies, mais sont peu impliquées dans leur processus de développement. Ce domaine est prometteur pour améliorer l’efficacité et la rentabilité du système de santé tout en améliorant la qualité et la sécurité des soins aux patients.

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