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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Pratique infirmière et prévention du suicide : des recommandations issues d’un audit systématique mené dans l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Jessica Rassy

Jessica Rassy Ph. D. 1,5,6, Caroline Larue Ph.  D.1.5 Gabrielle Fortin B.  Ing1, Fabienne Ligier M.D., Ph.  D.2,3, Ian Van Haaster Ph.  D.4, Claude Doyon M.  Sc.1, Charlie Brouillard Ph.  D.1, Diane Daneau M.  Sc.1, Alain Lesage M.D.  M.  Phil.1,7

Les statistiques sur les personnes décédées par suicide au Québec demeurent préoccupantes. Plus précisément, 28,5 % d’entre elles ont été vues par des infirmières à l’hôpital dans l’année précédant leur suicide et, parmi celles-ci, 75,3 % sont décédées par suicide dans le mois suivant leur congé de l’hôpital (Vasiliadis, Ngamini-Ngui et Lesage, 2015). Afin de mieux comprendre les circonstances des décès par suicide et de mieux intervenir, un audit des cas de suicide a été mené. Un audit systématique dans le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CEMTL) est un projet de recherche qui consiste à analyser les cas de suicide survenus en 2016 sur le territoire du CEMTL (Rassy et al., 2019). Cette analyse comprend les données de l’investigation du coroner (incluant le rapport de police et de toxicologie), des entrevues avec les proches endeuillés, ainsi que l’étude des dossiers médicaux, dont les notes infirmières. Ensuite, une table ronde multidisciplinaire a discuté puis analysé les différents cas et émis des recommandations pour la prévention du suicide. Aussi, l’analyse a permis de détecter les interventions reçues vs celles qui auraient potentiellement été requises pour 39 personnes décédées par suicide. Des recommandations précises ont été formulées pour 37 des 39 cas, alors que le coroner a déterminé des recommandations pour 2 de ces 39 cas. Parmi les recommandations issues des audits, plusieurs sont spécifiques à la pratique infirmière :

Augmenter la littératie en santé mentale auprès des jeunes par des activités d’apprentissage en milieu scolaire sur :

  • La dépression;
  • La dépendance aux substances;
  • Le risque de psychose associé à la consommation de cannabis.

Améliorer la prévention du suicide en :

  • Développant et tenant ses compétences à jour par la formation;
  • Connaissant les ressources et organismes d’aide en prévention du suicide pour les personnes à risque et pour les endeuillés par suicide;
  • Assurant une « postvention » avec l’équipe de soins d’une personne décédée par suicide;
  • Offrant de la formation auprès et avec des familles endeuillées par suicide.

D’autres recommandations pour la prévention du suicide en général comprennent le déploiement d’équipes mobiles d’intervention de crise dans les urgences, la formation des professionnels de la santé sur le dépistage et le traitement intégré des troubles de l’usage de substances, ainsi que les campagnes publiques pour augmenter la littératie des adultes sur la dépression et les troubles de l’usage de substances. Enfin, cette recherche a aussi mis en lumière le besoin de soutien pour les endeuillés par suicide qu’il ne faut surtout pas négliger. Ainsi, il est aussi recommandé d’élaborer et de mettre en place un protocole de suivi systématique pour les endeuillés par suicide afin de leur faciliter l’accès à du soutien psychologique.

Références 

Rassy, et al. (2019) L’audit systématique des cas de suicide et la pratique infirmière : de la compréhension à la prévention. Présentation d’affiche au congrès de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Montréal. Novembre.

Vasiliadis, H. M., Ngamini-Ngui, A., & Lesage, A. (2015). Factors associated with suicide in the month following contact with different types of health services in Quebec. Psychiatric Services66(2), 121-126. https://ps.psychiatryonline.org/doi/full/10.1176/appi.ps.201400133

 

Le patient et l’infirmière : comprendre leur vécu pour bâtir une relation thérapeutique future 

Li-Anne Audet

Michèle Desmarais

Auteurs et affiliation : Li-Anne Audet1, inf., M.  Sc.,  PhD (ét.) ; Michèle Desmarais1, inf., M.  Sc.,  Ph.  D.   (ét.) ; 1 École des sciences infirmières Ingram, Université McGill

La relation patient-infirmière est l’une des assises de l’expérience de soins du patient. Grâce à leurs multiples interactions, le patient et l’infirmière établiront une relation singulière, qui aura un impact sur la qualité et la sécurité des soins, ainsi que sur la croissance personnelle de ces deux parties essentielles.

« Prendre soin » est l’un des piliers de la profession infirmière. Parmi ses différentes activités, l’infirmière soigne, coordonne, prévient et enseigne, et ce, auprès de plusieurs clientèles diversifiées (p. ex. : pédiatrie, santé mentale). Au cours de son parcours professionnel, elle rencontrera de nombreux patients, ayant des antécédents et des expériences uniques. L’infirmière aura donc l’occasion d’établir une relation avec chaque patient, un aspect majeur influençant grandement l’expérience de soins du patient et de l’infirmière. En 2019, Hechinger, Mayer et Fringer (2019) ont examiné la relation patient-infirmière sous un nouvel angle : l’importance des expériences et relations antérieures du patient et de l’infirmière, qui teintera la relation à venir entre ces deux acteurs. Plus encore, Hechinger et al. (2019) suggèrent que les composantes personnelles, professionnelles et émotionnelles du patient et de l’infirmière influencent le développement de leur relation. L’objectif de ce texte clinique est de présenter les conclusions récentes de Hechinger et al., (2019) ainsi que de déterminer les bénéfices cliniques pour la pratique professionnelle infirmière.

Hechinger et al. (2019) définissent la relation patient-infirmière comme un processus fluide et dynamique, et qui est le résultat des relations et interactions antérieures du patient et de l’infirmière. Plus précisément, le patient et l’infirmière sont des individus qui possèdent des bagages antérieurs personnels. Au sein de leur passé respectif, ceux-ci ont établi des relations interpersonnelles avec des proches, des pairs et des collègues de travail. Chacune de ses relations amènera le patient et l’infirmière à adapter, modifier et améliorer leur façon d’aborder les relations futures, quant à leurs aptitudes de communication et leur perception des autres. Le cumul de chacune de ces relations antérieures influence la manière dont le patient et l’infirmière bâtiront la relation avec l’autre. De plus, plusieurs facteurs personnels soit des caractéristiques propres à ces deux acteurs  (Hechinger et al., 2019) entrent en jeu dans la création de la relation patient-infirmière.

Le patient est un acteur primordial de la relation patient-infirmière, puisqu’il est celui dont l’infirmière veut assurer la qualité et la sécurité des soins.  La perception initiale du patient des professionnels de la santé influence sa manière d’aborder sa relation avec l’infirmière. Par exemple, un patient ayant eu une expérience de soins antérieure négative pourrait l’amener à être réticent quant à sa relation avec son infirmière. Enfin, sa perception personnelle de lui-même amène le patient à se sentir vulnérable ou pas pendant les soins prodigués par l’infirmière. Un patient ayant le sentiment d’avoir besoin de l’aide de l’infirmière sera davantage enclin à établir une relation avec celle-ci (Hechinger et al., 2019).

D’un autre côté, chaque infirmière possède son profil unique, qui est le cumul de son parcours professionnel et personnel, sa formation, ses valeurs, son expérience clinique et son environnement de travail. Plus spécifiquement, la formation permet à l’infirmière d’acquérir les habiletés et les techniques nécessaires afin de s’approprier son rôle professionnel et d’entrer en contact avec les patients (p. ex. : habiletés de communication). Aussi, son expérience professionnelle l’amène à vivre différentes situations cliniques et donc à améliorer son comportement, ses méthodes de soins et ses interactions avec les patients. Par exemple, les expériences positives de l’infirmière lui permettront de répliquer à certains comportements, tandis que des expériences négatives la conduiront à déterminer des éléments à améliorer ou à changer pour le futur (Hechinger et al., 2019). Enfin, en raison de son rôle professionnel et des balises qui encadrent la pratique infirmière au Québec (Légis Québec, 2019), il est important que l’infirmière soit ouverte au dialogue avec le patient afin de mieux comprendre ses expériences antérieures et ainsi établir et maintenir une relation de confiance avec celui-ci. 

Pour conclure, il est primordial de souligner l’importance de la relation patient-infirmière dans le processus de soins de l’infirmière. Au quotidien, l’infirmière rencontre plusieurs types de patients, ayant des expériences et passés uniques. Auprès de chacun d’eux, elle prodigue des soins particuliers et amorce une relation. Celle-ci est un élément majeur qui lui permet d’évaluer la condition clinique du patient, d’administrer la pharmacothérapie et de promouvoir de saines habitudes de vie (Hechinger et al., 2019). Au cours de son parcours professionnel, l’infirmière sera appelée à comprendre les expériences antérieures de ses patients et d’elle-même, afin d’adapter ses interactions à sa personnalité, ses valeurs personnelles et aux besoins du patient.

Références

Hechinger, M., Mayer, H., & Fringer, A. (2019). Kenneth Gergen’s concept of multi-being: an application to the nurse-patient relationship. Medicine, Health Care and Philosophy : A European Journal, 22(4), 599-611. doi:10.1007/s11019-019-09897-4

Légis Québec (2019). Code de déontologie des infirmières et infirmiers : Loi sur les infirmières et les infirmiers. Repéré à http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cr/I-8,%20r.%209

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