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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Comprendre la perception des aînés de la communauté inuite concernant la prévention du suicide chez les jeunes Inuits dans le Grand-Nord du Québec.

 

Problématique

Le taux de suicide dans le Grand-Nord est sept fois plus élevé que dans l’ensemble du Québec pour les hommes et cinq fois plus chez les femmes (Levesque, Pelletier et Perron, 2019). Le taux de suicide dans les régions du Nunavik est de 135,1 par 100 000 pour les hommes et de 31,9 par 100 000 pour les femmes (Levesque et al., 2019). Les suicides représentent près de 24 % des décès au Nunavik, soit environ 10 fois plus qu’ailleurs en province (Levesque et al., 2019).

Au Nunavik, les suicides seraient trois fois plus nombreux sur la côte de la baie d’Hudson que sur celle de l’Ungava et toucheraient quatre fois plus les jeunes hommes que les femmes. Plus spécifique à mon projet de maîtrise, les adolescents accompliraient quatre fois plus de gestes suicidaires que les adolescentes (Peters, Oliver et Kohen, 2013). D’ailleurs, la détresse psychologique de ces jeunes est dite importante (Wallace, 2014). En effet, les jeunes Inuits âgés de 15 à 24 ans présentent un taux de détresse 3 fois plus élevé que les adultes âgés de 45 ans et plus (Peters et al., 2013).

Plusieurs facteurs contribuent à aggraver cette détresse au Nunavik, notamment l’expérience de colonisation récente et les différents stades de décolonisation (Tatz, 2017). Chez la plupart des Inuits, les processus de colonisation ont entraîné des pertes historiques de pouvoir et d’autonomie, ainsi que des perturbations de croyances, de coutumes et de pratiques culturelles. Les effets se traduisent aujourd’hui par des souffrances sociales importantes et par des inégalités sociales (Kral, 2016). De plus, ces changements culturels rapides causent un stress collectif considérable qui, ajoutés à l’isolement géographique, au manque de perspectives et de soutien ainsi qu’à l’abus d’alcool, conduisent certaines personnes au désarroi (Lemstra, Rogers, Moraros et Grant, 2013). Aussi, il est pertinent de noter le manque d’accès des communautés autochtones à des services optimaux et à des programmes complets de santé mentale et de prévention du suicide adaptés à leur culture (Tousignant, Vitenti et Morin, 2013). Cette réalité affecte la hausse du taux de décès par suicide dans les communautés autochtones (Dudgeon et Holland, 2018).

Dans ce contexte, l’aide en matière de prévention du suicide et de la promotion de la santé mentale est cruciale, pour ne pas dire urgente, dans le Grand-Nord du Québec. Ces besoins et l’ampleur du problème du suicide actuel dans la communauté inuite rendent le projet de recherche actuel pertinent, d’autant plus que les efforts actuels de prévention ne semblent pas fonctionner aussi bien qu’ailleurs au Québec.

 

But de la recherche

L’objectif de cette recherche qualitative est de déterminer les facteurs facilitants et contraignants de la prévention du suicide dans les communautés du Grand Nord du Québec. À l’aide d’une méthodologie d’analyse thématique, au moyen d’entrevues et grâce au bagage riche et prestigieux de l’aîné inuit, nous tâcherons de comprendre la perception et les sentiments de la communauté inuite envers cette prévention, l’aide offerte et les interventions existantes.

L’étude se déroulera dans le village de Puvirnituq, soit l’un des sept villages de la baie d’Hudson, situé au Nunavik, au Nord du Québec. Les aînés inuits sont spécifiquement choisis en raison de leur position symbolique. En effet, leur grande expérience de vie leur donne un statut privilégié (Brant Castellano, 2002). Le recours aux savoirs et aux expériences des aînés favorise la reprise de contact avec les coutumes, les valeurs et les visions traditionnelles inuites (Guay, 2015). D’un point de vue éthique, il est plus facile de les interroger plutôt que de questionner directement les jeunes Inuits considérés comme une population vulnérable en raison de leur âge mineur et de leur origine culturelle. De plus, il s’agit d’une population qui est rarement consulté lorsqu’il est question de la prévention du suicide ce qui en fait un élément novateur de la présente recherche.

Compte tenu de son contexte culturel, ce projet de recherche sera guidé par le cadre théorique de la sécurisation culturelle. Celle-ci se traduit par des soins prodigués dans le respect de l’identité culturelle de l’usager, visant l’équité et exempts de relations de pouvoir nocives entretenues par le système de santé dominant (Leclerc, Vézeau-Beaulieu, Rivard et Miquelon, 2018). La sécurisation culturelle s’applique de façon pertinente à cette recherche, son concept de base concernant le rapport de domination et de colonisation subi par le peuple autochtone (Conseil canadien de la santé, 2012).

Les retombées directes de ce projet aideront à mieux distinguer les éléments positifs des programmes actuels tout en identifiant les points à améliorer pour ensuite bonifier la prévention du suicide dans la communauté inuite. À plus long terme, nous espérons permettre l’adaptation de l’intervention infirmière auprès des jeunes Inuits du Grand-Nord du Québec.

 

Vanessa Datus, inf., B. Sc. inf., M. Sc. (A)

 

Brève bibliographie de l'auteure

Aperçu de mon journal de bord positionnant mes a priori et mon parcours professionnel.

Je m’appelle Vanessa Datus. Je termine ma 1re année de Maîtrise en sciences infirmières avec mémoire, profil expertise-conseil, à l’Université de Montréal. Je suis infirmière clinicienne en rôle élargi dans le Grand-Nord du Québec depuis bientôt 10 ans. Après tant d’années, vous comprendrez que j’y suis par choix personnel, intérêt professionnel, amour et respect pour la communauté inuite. Je tiens à remercier de tout cœur cette charmante communauté pour son accueil et m’excuse du plus profond de mon âme auprès de ses membres de ne pas m’être intensément penchée sur leurs vécus depuis toutes ces années.

En toute transparence, mon souhait universitaire initial était d’ordre pratique. Jamais je n’aurais pensé contribuer à l’avancement de la profession infirmière au Québec par la recherche. Intriguée par la maladie mentale et préoccupée de plus en plus par le problème alarmant du suicide dans la communauté inuite, mon intérêt se traduit par un désir d’améliorer la prévention infirmière du suicide en contexte autochtone. Je travaillerai sous la direction de Christine Genest, son champ d’expertise concernant le suicide, et sous la sous-direction d’Amélie Blanchet-Garneau, son champ d’expertise concernant le volet autochtone. Je suis désormais consciente de l’existence de nombreuses communautés autochtones. Toutefois, cette recherche se penchera principalement sur la communauté inuite du Grand-Nord du Québec.

 

Références

Brant Castellano, M. (2002). Tendances familiales autochtones: Les familles élargies, les familles nucléaires, les familles de coeur. L’Institut Vanier de la famille.

Conseil canadien de la santé (2012). Empathie, dignité et respect - Créer la sécurisation culturelle pour les Autochtones dans les systèmes de santé en milieu urbain. Repéré à http://publications.gc.ca/collections/collection_2013/ccs-hcc/H174-39-2012-fra.pdf

Dudgeon, P. et Holland, C. (2018). Recent developments in suicide prevention among the Indigenous peoples of Australia. Australasian Psychiatry, 26(2), 166-169. doi: 10.1177/1039856218757637

Guay, C. (2015). Les familles autochtones: des réalités sociohistoriques et contemporaines aux pratiques éducatives singulières. Inttervention(141), 17-27.

Kral, M. J. (2016). Suicide and Suicide Prevention among Inuit in Canada. Canadian Journal of Psychiatry, 61(11), 688-695. doi: 10.1177/0706743716661329

Leclerc, A.-M., Vézeau-Beaulieu, K., Rivard, M.-C. et Miquelon, P. (2018). Sécurisation culturelle en santé : un concept émergent: Pistes d'application auprès des communautés autochtones. Perspective Infirmiere, 15(3), 50-53.

Lemstra, M., Rogers, M., Moraros, J. et Grant, E. (2013). Risk indicators of suicide ideation among on-reserve First Nations youth. Paediatrics & Child Health (1205-7088), 18(1), 15-20.

Levesque, P., Pelletier, É. et Perron, P.-A. (2019). Le suicide au Québec: 1981 à 2016 - Mise à jour 2019. Québec, Bureau d’information et d’études en santé des populations: Institut national de santé publique du Québec. Repéré à https://www.inspq.qc.ca/publications/2497

Peters, P. A., Oliver, L. N. et Kohen, D. E. (2013). Mortality among children and youth in high-percentage First Nations identity areas, 2000-2002 and 2005-2007. Rural & Remote Health, 13(3), 1-11.

Tatz, C. (2017). Suicide and sensibility. Death Studies, 41(8), 542-550. doi: 10.1080/07481187.2017.1333358

Tousignant, M., Vitenti, L. et Morin, N. (2013). Aboriginal youth suicide in Quebec: The contribution of public policy for prevention. International Journal of Law & Psychiatry, 36(5/6), 399-405. doi: 10.1016/j.ijlp.2013.06.019

Wallace, S. (2014). Santé des Inuit: certains résultats de l’Enquête auprès des peuples autochtones de 2012. Repéré le 17 Septembre 2018 à https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/89-653-x/89-653-x2014003-fra.pdf?st=EU4atECp

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