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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Un espace de partage intergénérationnel

Rinda HartnerRinda Hartner, inf., M. Sc. inf. (adm.)

L'isolement social des personnes âgées est une réalité souvent observée dans les soins de longue durée. Chez les résidents admis au Programme d'hébergement pour évaluation à l'isolement social s'ajoute également le deuil de l'autonomie de la personne, ce qui augmente le risque de détresse psychologique.

Description : Le Programme d'hébergement pour évaluation (PHPE) qui a vu le jour en 2009 a pour mission d'évaluer et d'orienter la personne âgée lorsque le retour à domicile semble compromis. Durant cette période de transition, la personne traverse la plupart du temps une ou plusieurs phases de deuil de son autonomie. Les personnes âgées arrivent à l'unité PHPE directement des soins aigus, parfois sans une grande préparation et elles nourrissent l'espoir qu'elles retourneront à leur domicile très bientôt. Or, cet espoir se change en désespoir et même en détresse à chaque rappel des intervenants sur le retour à la maison qui est compromis. Il n'est donc pas rare de voir des personnes qui démontrent des signes de détresse et de dépression lors de leur passage à l'unité d'évaluation. Ces signes de détresse sont encore plus significatifs lorsque la personne n'a pas ou a peu de proches autour d'elle. De plus, comme ces personnes sont en programme d'évaluation et d'orientation, elles se sentent seulement de passage à l'unité et, de ce fait, les liens avec les autres résidents sont plus difficiles à créer. Par conséquent, il me semblait nécessaire de réfléchir à un projet ciblant les personnes en transition dans le PHPE pour les aider à dépasser cette étape de vie avec un moindre impact émotionnel. La création d'un espace de partage intergénérationnel semblait une belle avenue pour contrer ces phénomènes. Des rencontres de planification ont eu lieu avec l'enseignant de 5e année du primaire de l'École Lanaudière de Montréal. Les objectifs concernant l'unité PHPE ont surtout été de diminuer l'isolement des résidents qui s'y trouvaient et de diminuer la détresse causée par la compromission du retour à domicile. L'enseignant, de son côté, voulait ouvrir les jeunes aux autres, les sensibiliser au don de soi, au bénévolat et au respect de l'autre tout en développant des compétences de socialisation chez les jeunes.

Une série de quatre visites à l'unité de soins ont donc été planifiées à la suite d'une session de présentation du projet aux jeunes à laquelle l'enseignant et moi avons participé. La réaction des jeunes et celle des résidents par rapport au projet fut pour moi une grande surprise. D'une part, les jeunes étaient craintifs des personnes âgées, ils avaient peur de mettre les pieds dans un centre d'hébergement, « d'attraper la vieillesse ». D'autre part, les résidents avaient peur que les jeunes soient bruyants et ils ne voulaient pas avoir à faire de gardiennage.

Au cours des visites au centre d'hébergement, et plus particulièrement à l'unité d'évaluation, les élèves avaient à se préparer aux diverses thématiques qu'on leur a proposées. La première rencontre a surtout servi à briser la glace autant pour les jeunes que pour les résidents. L'activité de reporter a permis aux jeunes de poser des questions aux résidents qui ont accepté d'y participer sur leur vie, les activités qu'ils faisaient lorsqu'ils avaient 10 ou 11 ans, leurs passe-temps favoris, etc. Les résidents furent impressionnés par les jeunes et ils leur ont à leur tour posé des questions sur comment un jeune s'amuse aujourd'hui, sur l'école et sur leurs hobbys.

Après cette première visite, les deux parties furent très satisfaites, les jeunes ont exprimé clairement qu'ils avaient hâte de revenir et que ce n'est vraiment pas comme ça qu'ils imaginaient le centre d'hébergement. Les élèves ont rédigé leurs articles sur la vie de la personne choisie et interviewée au centre, et l'enseignant a pu procéder à une évaluation en écriture également. Du côté des résidents, le plaisir de cette rencontre fut aussi positif. Au début, seulement 7 ou 9 voulaient tenter l'expérience mais, après 30 à 40 minutes, 5 autres se sont joints au groupe de jeunes en les invitant carrément à revenir.

Lors de la deuxième visite, les jeunes ont aidé les résidents à fabriquer des décorations de Noël pour leurs chambres. Cette fois, une quinzaine de résidents ont participé à l'activité en décorant avec les jeunes divers objets pour leur propre chambre. Dans le cadre du cours d'arts plastiques, les jeunes avaient préparé une carte de Noël pour chacun des résidents et ils leur ont remise.

La troisième rencontre a eu lieu seulement en mars, car le centre a connu plusieurs épisodes d'éclosions de maladie. Les visites furent alors interrompues. Mais cela a contribué à ce que la visite des jeunes gagne d'autres étages et que des résidents d'autres unités demandent que les jeunes viennent aussi les voir lors de leur passage à l'unité d'évaluation. Donc, en mars, les jeunes qui avaient préparé leurs robots pour la compétition de robotique ont pu rencontrer non seulement les résidents du PHPE, mais aussi des résidents permanents d'un autre étage. Les présentations de leurs robots aux unités ont permis aux jeunes de s'entraîner pour la compétition. Les résidents furent réellement émerveillés de voir ce que l'école leur apprend aujourd'hui et tout ce que les élèves connaissent.

 

Lors de la quatrième visite, les élèves ont préparé un spectacle amateur. Des pièces de musique interprétées par les musiciens de la classe, des petits numéros humoristiques, de l'improvisation, de la danse et de la magie ont fait le bonheur des résidents pendant 1 h 30.

À la suite de leur expérience au centre, les jeunes ont exprimé leur nouvelle vision de ce qu'est réellement un centre d'hébergement. Ils ont dit avoir ressenti un sentiment de valorisation malgré leur jeune âge. Ce sentiment fut également exprimé par les résidents qui croyaient au début que leur vie était terminée et que plus rien ne comptait, car ils ne pouvaient plus retourner chez eux.

Ce projet pilote fut considéré comme un succès par les deux parties. Les objectifs de l'enseignant ont été atteints et même dépassés (certains jeunes désirant revenir comme bénévoles au centre pendant l'été). De plus, sur le plan pédagogique, chaque visite apportait une compétence qui pouvait être évaluée dans le programme régulier des élèves.

Les objectifs de l'unité de soins furent aussi atteints. Les participants ont dit que les jeunes leur ont apporté un espoir pour la suite, que ce sera de beaux souvenirs qu'ils apporteront dans leur nouveau chez-eux en centre d'hébergement et que cela leur a procuré un bonheur qu'ils ne croyaient plus retrouver.

En conclusion, ce projet pilote a contribué à diminuer le sentiment d'isolement et à faciliter l'acceptation de la perte d'autonomie des personnes âgées, et ce, à très peu de coûts. De plus, le partage des savoirs entre les jeunes élèves de 5e année du primaire et les personnes âgées en perte d'autonomie nous a permis de noter une augmentation de l'estime de soi par la valorisation dans les deux cas. Les jeunes ont pu également développer des compétences en socialisation, tout en favorisant l'ouverture et le respect d'autrui, plus particulièrement envers la personne âgée. Ce projet pourrait très bien être exporté à d'autres centres d'hébergement et même à des unités qui n'ont pas le programme d'évaluation et orientation, car le sentiment d'isolement social est un phénomène assez répandu dans un Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Les recommandations qui ont ressorti lors de la présentation de ce projet pilote au 6e Congrès du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone 2015 (SIDIIEF) et du 36e Congrès de l'International Association for Human Caring 2015 (IAHC), sont que les écoles primaires devraient fournir dans leur curriculum des heures de bénévolat dans les centres d'hébergement et que les services de loisirs des centres d'hébergement devraient promouvoir les avantages de ces espaces intergénérationnels et les inclure dans leur programmation annuelle.

Rinda Hartner, inf., M. Sc. inf. (adm.)
Chef unité de vie Centre d'hébergement Bruchési
Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal

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