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TÊTES D'AFFICHE

TÊTES D'AFFICHE

Approche familiale dans la pratique des soins infirmiers


Gillian Taylor, inf., M. Sc. (A)

Quand j'ai commencé à travailler à l'Hôpital de Montréal pour enfants, en 1987, c'était une période très intéressante et stimulante pour les infirmières.

Nous avions à cette époque un grand besoin d'intégrer et de faire avancer des soins centrés sur la famille dans la pratique infirmière, car dans le domaine des soins pédiatriques, les parents étaient nos partenaires. Les infirmières étaient appelées à prendre soin non seulement de l'enfant aux prises avec des problèmes de santé, mais aussi de tous les membres de sa famille.

À ce chapitre, l'école de nursing McGill a eu une influence considérable. Aux services ambulatoires en médecine respiratoire, ma pratique initiale se faisait auprès des nourrissons sous moniteur d'apnée. Je faisais aussi le suivi auprès des parents et des familles qui avaient perdu un bébé à la suite du syndrome de mort subite du nourrisson, je les aidais dans leur processus de deuil. 

En soins ambulatoires, les infirmières voyaient leur champ de pratique élargi dans deux domaines :

  • Les soins spécialisés dans certains domaines médicaux, dont l'asthme, le diabète, la neurologie,
  • L'approche centrée sur la famille et ses besoins.

Dans le cadre du programme d'activités ponctuelles de perfectionnement des connaissances chez les infirmières, un groupe d'infirmières (dont je faisais partie) ont acquis des connaissances, notamment sur l'approche centrée sur la famille : les dynamiques familiales, les réactions communes des parents par rapport à une maladie chronique de leur enfant, les conséquences d'une telle maladie sur les compétences parentales. Nous avons développé une expertise qui nous donnait une certaine confiance et une motivation à partager nos expériences cliniques, nos réussites et nos défis.

Nous avons lu les écrits de Lorraine Wright (Université de Calgary)1 et de Fabien Duhamel (Université de Montréal)2 et nous en avons discuté. Quelques années plus tard, je suis devenue infirmière clinicienne spécialisée en rhumatologie. J'étais aussi responsable de la coordination du programme de perfectionnement pour le personnel infirmier. Dans ce rôle de gestionnaire, j'étais de plus en plus convaincue de la complexité des connaissances reliées à la relation thérapeutique avec les familles et le travail complexe des infirmières en équipes multidisciplinaires. Toutes les infirmières avaient la responsabilité professionnelle d'être à jour par rapport aux connaissances sur les maladies et traitements des patients. Pour bien remplir cette responsabilité, les moyens étaient clairs : participation aux conférences spécialisées, rédaction d'articles, participation au club de lecture. Dans ma pratique, les cas complexes étaient ceux de parents qui ne voulaient pas, à cause de leurs croyances, que l'on traite leur enfant qui souffrait d'arthrite juvénile. Je devais tenir le rôle d'éducatrice des familles, et approfondir des questions thérapeutiques (selon l'approche familiale) pour aider les familles à parler en toute confiance de leurs inquiétudes.

En effet, pour toute infirmière, des questions difficiles se posent souvent dans la pratique quotidienne. Par exemple :

  • Comment travailler avec des familles qui ne croient pas au diagnostic de leur enfant?
  • Avec des parents en colère?
  • Avec des parents en instance de divorce?
  • Avec une adolescente qui refuse les traitements? 
  • Comment discuter avec des médecins dont les objectifs de traitement sont incompatibles avec ceux des parents?

J'ai eu l'opportunité  de peaufiner les techniques de facilitation selon l'approche familiales et de développer une expertise en pratique réflective. Ma carrière était riche, stimulante, et jalonnée de récompenses. J'étais entourée par un groupe de collègues qui voulaient toujours améliorer les soins aux enfants et aux familles.

Les diminutions de budget et le fardeau de travail de plus en plus lourd pour les infirmières sont des réalités. Il y a beaucoup de pression pour que les infirmières deviennent les expertes dans les soins spécialisés, au sens « médical » ou technique des soins. Mais j'encourage les jeunes infirmières à ne pas abandonner leur rôle critique et unique dans le système de santé – celle de la personne la mieux placée pour écouter les patients et les familles, et bien comprendre leurs croyances, leurs priorités, leurs inquiétudes. Par conséquent, il faut trouver des stratégies pour apprendre et partager avec les collègues et demander du soutien pour le travail infirmier. Il faut exiger des réunions d'étude de cas psychosociale en équipe pour discuter des cas de patients et de familles frustrées, tristes, et intégrer l'étude des articles (sur la communication, les croyances de différents groupes ethniques, le deuil) pendant ces réunions. Il faut toujours nourrir notre compassion pour nos patients.

Gillian Taylor, inf., M. Sc. (A)

Références

1 Wright, L. & Leahey, M. (2013) Nurses & Families: A guide to Family Assessment and Intervention. 6e édition. F.A. Davis.

2 Duhamel, F. (2006) La santé et la famille : une approche systémique en soins infirmiers. 2e édition. Montréal : Gaétan Morin.

 

Family nursing in ambulatory settings


Gillian Taylor, RN. MSc(A)

When I started as a nurse clinician in 1987 at the Montreal Children's Hospital, it was an exciting time for nursing there. There was an awareness and commitment to the importance of nursing the family, of seeing the child in his or her family context and seeing the parents as our partners in care. The McGill School of Nursing had an important influence in the growth of the nursing department.

I started in the Department of Ambulatory Services – in Respiratory Medicine. I cared for families who had a baby on an apnea monitor at home, and provided support to families who had lost a baby to Sudden Infant Death Syndrome. In ambulatory care, nurses were expanding their roles in two domains; first, they were doing more teaching and follow up around chronic illness management, requiring expert knowledge in their specialty (e.g., asthma, diabetes, neurology) and secondly, they were expanding their holistic approach, focusing on the family and their particular needs. There was a program of staff development activities, focused on family nursing. This group of nurses gradually acquired expertise in family dynamics, in parents' response to child's chronic illness, the impact of childhood illness on parenting. With practice, we became more comfortable and become more motivated to share our clinical experiences, our successes and our challenges with each other.  We looked at the work of Lorraine Wright (University of Calgary)1 and  Fabie Duhamel (University de Montréal)2.

A few years later I became a Clinical Nurse Specialist in Rheumatology. Additionally I took on the responsibility for the staff development program in Ambulatory Services. In my role, I became more aware regarding the skills required to sustain a therapeutic relationship with families as well as to work in a complex multidisciplinary team setting. We, health professionals from diverse disciplines, had the responsibility to update specific knowledge in our specialty. Strategies to keep our scientific knowledge up to date were quite clear: reading articles, attending team meetings, journal club and specialty conferences. In my own practice, the most challenging cases included those where parents did not want to treat their child's juvenile arthritis, due to their beliefs different from those of health professionals. I had to think about my role in the team, my role as an educator, and develop an attitude of openness to assist parents to express their concerns. I needed to learn to accept parents' choices and at the same time share my concerns for their child's wellbeing.  I think each nurse faces challenging questions such as: “How do we care for families who do not believe the diagnosis? Parents who are angry? Parents  in the middle of a conflictual divorce? And how do we discuss with physician colleagues who may have a very different point of view from that of the family?” I was given the opportunity to learn facilitation skills as delineated by family nursing and developed an expertise in reflective practice. This expertise helped me deepen my knowledge and skill.

My career has been full of rich and challenging experiences, and many rewards. Budget cuts and an increased workload are realities in our healthcare system.

There is so much pressure and need to have specialized knowledge regarding medical or technical aspects of care. At the same time, I encourage young nurses not to allow their pivotal role with patients and families to be eroded, as nurses play a unique role in the healthcare system, being the ones best positioned to listen and therefore understand the beliefs, priorities and worries of patients and their family members.  Nurses deserve the opportunity to learn and share with others, and a place to ask for assistance. Nurses must insist that teams hold psychosocial rounds to discuss cases of patients or families who are frustrated and distressed. Furthermore, nurses should discuss theoretical articles on communication, different health beliefs, grief, and integrate them into their practice. Indeed, we need to sustain our compassion for our patients and their families.

Gillian Taylor, RN. MSc(A)

Reference:

1 Wright, L. & Leahey, M. (2013) Nurses & Families: A guide to Family Assessment and Intervention. 6e édition. F.A. Davis.

2 Duhamel, F. (2006) La santé et la famille : une approche systémique en soins infirmiers. 2e édition. Montréal : Gaétan Morin.

 

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