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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Compte tenu du vieillissement de la population et de l'inversement de la pyramide d'âge qui affecte le Québec, de multiples changements ont été apportés dans l'allocation des ressources aux établissements de longue durée. Nous assistons inexorablement, depuis plusieurs années, au déclin de la ressource infirmière dans ces milieux (une infirmière pour 70, 80, ou même 100 résidents) alors que la clientèle qui y est hébergée présente des problèmes de santé plus complexes et requiert plus de soins, de traitements et de surveillance.

Le profil de cette clientèle et ses exigences ont été fort bien exposés dans l'éditorial de Lucie Tremblay, présidente-directrice générale de l'OIIQ, paru le 28 octobre 2013. Malgré le déclin de la ressource et l'accroissement des responsabilités cliniques, on n'a cessé de « pelleter » dans la cour de l'infirmière tout ce qui pouvait l'être. En effet, dans ces milieux, tout ce qui peut être fait par quelqu'un d'autre, par exemple par un autre professionnel (en l'absence de ce dernier), par un cadre (dont le nombre a été considérablement réduit), par un agent de sécurité (poste éliminé ou heures considérablement réduites), par une agente administrative (poste éliminé ou heures considérablement réduites), est automatiquement redirigé vers qui?… Vers l'infirmière!

La présence infirmière 24 heures/7 jours explique sans doute ce réflexe organisationnel qui attribue des tâches de tout ordre à l'infirmière. Il serait cependant intéressant de comprendre pourquoi les infirmières acceptent d'accomplir ces tâches qui n'ont rien à voir avec leur pratique professionnelle. Est-ce dû à une méconnaissance de leur rôle ou se sentent-elles isolées et sans défense pour s'opposer à ces requêtes déraisonnables?

Le ratio du nombre d'infirmières par résident dans ces établissements, dénoncé par l'OIIQ comme étant nettement insuffisant, constitue, dans les faits, une donnée nettement surestimée si on tient compte du temps consacré par l'infirmière aux tâches qui ne relèvent pas de ses compétences.

Il est grand temps que cesse l'attribution, aux infirmières en soins de longue durée, d'activités qui n'ont rien à voir avec l'exercice infirmier. Les gestionnaires doivent rapidement trouver le moyen de dégager les infirmières de ces obligations surajoutées qui nuisent à l'accomplissement de la mission première des infirmières.

Je suis particulièrement préoccupée du fait que l'on demande à l'ensemble des infirmières en soins de longue durée d'assumer des responsabilités qui relèvent du rôle de gestionnaire. Plusieurs d'entre elles ne se sentent pas interpelées par ce rôle et n'ont pas les qualifications requises pour agir à ce titre; il en résulte que les responsabilités en lien avec le rôle de gestionnaire ne sont pas adéquatement assumées; oui, la gestion dans ces milieux est déficiente.

  • Redonnons aux infirmières en soins de longue durée leur statut de professionnelle à part entière, mettons en place un contexte organisationnel qui puisse leur permettre de se consacrer entièrement à leur véritable raison d'être, soit l'évaluation de la condition physique et mentale, la planification des soins et le suivi de l'atteinte des résultats attendus, puis assurons-nous qu'elles assument pleinement leur rôle.
  • Confions la gestion à des gestionnaires qui ont choisi d'être gestionnaires et réorientons toute tâche qui ne relève pas de l'infirmière au personnel qualifié pour le faire. Il y a là, j'en suis convaincue, une sérieuse piste d'amélioration pour la qualité de l'exercice infirmier en soins de longue durée ainsi que pour la qualité des soins et des services offerts à la clientèle.

Je crois que le temps est venu de remettre en question les façons de faire dans le secteur de la longue durée. Le modèle actuel ne permet plus de répondre aux besoins de la situation présente et encore moins à ceux du futur. Il faut s'adapter, c'est une question de survie. Cependant, les infirmières ne peuvent pas, isolément, réinventer l'exercice de leur profession; des infirmières expertes des soins de longue durée et des infirmières de la relève doivent s'associer dans cet exercice de renouveau. De plus, compte tenu des  nombreux défis que posent le présent et l'avenir en soins de longue durée, le soutien de l'OIIQ à cette démarche m'apparaît essentiel, et il me semble également souhaitable qu'un projet de recherche puisse y être associé. 

La création d'un nouveau modèle pour le milieu de la longue durée est-elle une utopie? Moi, j'ai envie d'y croire.

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